je_suis_une_l_gendeL'auteur: Richard Matheson est notamment l'auteur du Jeu du bouton et de la Maison enragée, deux nouvelles fantastiques, genre dans lequel il semble se spécialiser.

Le livre: chaque nuit, Robert Neville se barricade dans sa maison pour résister aux attaques. Car chaque nuit, il est assailli par les habitants de sa ville, qu'une étrange épidémie a transformé en créatures avides de sang qui fuient la lumière du soleil. Le jour, il refait ses réserves de nourritures dans cette ville fantôme, et part en traque pour les exterminer tant qu'ils sont inoffensifs. La solitude lui pèse: il est le seul à ne pas être touché. Le seul survivant de son espèce.

Ce court roman tient toutes ses promesses. Fantastique, d'abord: ce sont clairement des vampires qui ont fini par se répandre dans toute la ville, ne laissant plus un seul humain normal, résigné se chasser entre eux à défaut de pouvoir attrapper Neville. Leurs attaques nocturnes font froid dans le dos, ils meurent à coup de pieux dans le coeur et tombent en poussière, en monstres infernaux dignes de ce nom. Science-fiction ensuite: déterminé à trouver ce qui a pu transformer ainsi la totalité de la population, Neville multiplie les expériences, analyse au microscope le sang des vampires, teste différents produits notamment les composantes de l'ail pour comprendre son mystérieux pouvoir. Et ça marche: Matheson parvient à expliquer de manière quasi-scientifique le phénomène de vampirisme et sa propagation. Le génie de cette trouvaille vient du fait que, prouvée scientifiquement et froidement, le vampire, s'il perd son mystère, n'en devient pas moins inquiétant, quasiment tangible. On ne peut s'empêcher de s'attacher à cet homme, qui noie sa folie et sa solitude dans le wisky, qui se raccroche à sa mission rédemptrice pour ne pas sombrer, qui s'attache démesurément à la moindre trace de vie saine, qu'il s'agisse d'un chien famélique ou d'une jeune femme qui semble miraculée... Et même si la chute n'est pas une grande surprise, elle est néanmoins marquante par son message ambigu.

La note de Mélu:

Note_4

Une lecture sans grande surprise mais tout à fait plaisante!

je_suis_une_l_gendeLe film: en 2007, le réalisateur Francis Lawrence adapte à l'écran le roman de Richard Matheson. De grand blond aux yeux bleus, Robert Neville prend les traits (un peu trop) connus de Will Smith. Mais de plus, cet américain moyen devient un grand scientifique. Car le contexte de l'histoire change quand même pas mal et selon moi, pas toujours de manière heureuse: les hommes ont eux-mêmes créé un virus dont ils ont perdu le contrôle et qui a décimé la population. Il n'est donc plus question de vampire, à savoir d'êtres venus du fond de notre imaginaire collectif. On organise donc une quarantaine, des évacuations, complètement inutiles puisque tous mourront de toute façon. Mais alors pourquoi la rajouter à l'intrigue? Pour faire une débauche de scène de panique, de destruction et d'effet spéciaux? On tombe dans un film de genre qui a certainement ses adeptes mais qui fait perdre à l'histoire toute son originalité. Pour le reste, et bien... c'est lent, c'est long, il ne se passe rien, on ne ressent presque pas la tension qui est celle de l'homme assailli tous les soirs. Il en faut du temps pour qu'apparaisse le premier des monstres. On réussit une scène larmoyante et extrêmement touchante avec la mort du chien, seul bouée de sauvetage dans ce néant, mais l'on change complètement la fin, en prenant soin de gommer toute trace de subversion et de réflexion que Matheson avait mis en oeuvre. Ce qui donne un film banal, sans relief, que les effets spéciaux ou le jeu d'acteur ne sauvent même pas. Bien dommage.

 

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 10 / 14