coeur_empoisonn_L'auteur: Contrairement à ce que laisse penser son pseudonyme, Bloody Countess (Comtesse Sanglante) est un homme né en 1977 qui est d'abord illustrateur.

Le livre: Benjamin aime Emilie, Emilie aime Benjamin. Benjamin a une fascination pour tout ce qui est mystérieux. Ce doux rêveur amoureux a aussi une autre passion:"Il s'adonne à des expériences scientifiques parfois diaboliques", et parfois
"Il devient l'esprit du mal et s'imagine baigner dans la peur
Les pauvres gens se promenant seuls dans les brumes du soi
r".
Quant à Emilie, c'est une jeune fille mélancolique qui aime à laisser son esprit vagabonder. Mais un jour, une étrange voix attire Emilie dans les profondeurs des bois, jusque dans l'antre d'une comtesse qui, jalouse de la beauté de sa rivale, l'empoisonne en lui proposant une pomme, puis l'enferme dans une boule de verre, dans laquelle elle étouffe petit à petit. Benjamin va alors tout mettre en oeuvre pour libérer sa douce Emilie.

J'ai beaucoup aimé le début de ce conte. Les deux personnages m'ont beaucoup plu, la manière de les présenter également. Les premières illustrations aussi sont adorables: les petits personnages ont un côté surréaliste qui m'a séduite. Un petit coup de coeur néanmoins pour Benjamin, juché sur sa petite bulle, avec sa redingote en lambeaux et ses mèches noires en désordre: il est tout mignon. La principe de la composition est une belle trouvaille: entièrement en vers, l'histoire s'arrête volontiers pour laisser place à la complainte d'un personnage, ou encore à la mystérieuse chanson de la comtesse. L'univers créé est d'un onirisme sombre qui a tout pour plaire aux amateurs de romantisme et de gothisme. On y trouvera des petites pépites langagières, des images et des formules superbes: "Elle se recroquevilla dans une douleur tentaculaire", "sa chrysalide funèbre" .  Malheureusement je dois être une lectrice trop exigeante ou pas assez sensible, car je n'ai pu passer par-dessus les défauts du livre. La beauté de certains passages a fait ressortir d'autres images et tournures de phrases trop convenues et déjà-vu, voire d'une grande platitude: "Dans l'ambiance angoissante de mes cauchemars" ou encore redondantes: "je suis maintenant prisonnier de la servitude". Vous l'aurez compris, le maniement des mots n'est pas toujours très heureux, et les grandes différences de longueur entre les vers donnent l'impression qu'on a parfois voulu faire du remplissage pour trouver coûte que coûte une rime, aussi artificielle soit-elle, comme celle-ci:
"La jeune fille, mourant d'impatience, supplia le diable de conclure,
Sans savoir qu'elle allait signer son acte de mort, c'est sûr".
Je pense sincèrement que ce conte m'aurait plu davantage si il avait été en prose, il aurait pu en être bien plus poétique.
Je dois aussi déplorer que les illustrations, très sombres, m'ont fait m'user les yeux longtemps (je ne voyais parfois qu'un grand rectangle noir!) et m'ont souvent agacée plus que séduite. C''est une grande frustration puisque j'ai terriblement adhéré à l'univers graphique, mais j'ai eu l'impression de ne pas pouvoir y accéder, c'est bien dommage..
Ce qui gâche l'impression finale, mais cela n'engage que moi et mes déformations professionnelles: la trop grande quantité de fautes d'orthographe, de grammaire et de conjugaison que je me suis finalement mise à compter. Aïe...

La Note de Mélu:

Note_3

Une note d'encouragement, parce que j'ai l'impression d'avoir lu une sorte de première mouture perfectible et que je raffolerai de la version 2.0. Pour plus d'informations, je vous renvoie au blog consacré au livre ou à sa page Facebook.

Je remercie Karine, du forum logo_club_de_lecture et les éditions du Riez _ditions_du_riez pour ce partenariat.