le_chat_du_rabbinL'auteur: Joan Sfar est un auteur de bande-dessinée que j'ai découvert avec son adaptation du Petit Prince.

Le livre: le narrateur de cette histoire est un chat. Son maître est rabbin à Alger. Le chat n'a pas de nom, mais il a aussi une maîtresse, Zlabya, une jolie jeune fille qui le couvre de caresses. Il y a aussi un perroquet, très agaçant. Le chat mène une vie de chat, jusqu'au jour où il décide de faire taire ce fichu perroquet en le gobant. Il se met soudain à parler. Ce qui met très en colère son maître: les premiers mots que prononce le chat sont des mensonges ("J'ai pas mangé l'oiseau, j'avais pas faim"). Le jugeant de mauvaise influence, il lui interdit de voir sa fille. Pour gagner le droit de revoir Zlabya, le chat doit devenir un bon Juif. Et pour devenir un bon Juif, il tient à faire sa bar-mitva!

Voilà le résumé du premier tome de cette bande-dessinée succulente qui en compte six. Chaque case est empreinte d'un humour décapant mais jamais gratuit: Joan Sfar maîtrise sur le bout des doigts l'art de la satire, en pointant les défauts et les contradictions des religions comme des personnes. Ainsi le chat fait tourner en bourrique le maître de son Rabbin: celui-ci prétend que seuls les hommes peuvent être Juifs puisque Dieu a fait l'homme à son image; le chat réclame une image de Dieu; le Rabbin répond que Dieu est une parole; le chat en conclut qu'il est Juif, puisqu'il parle! Un mélange très réussi de naïveté et de réflexion sous-tend ce joli conte oriental sur le Judaïsme d'Algérie, le tout saupoudré d'une bonne dose d'humour avec des textes enlevés: si la profondeur est toujours au rendez-vous, on rit franchement du début à la fin. A la fois sensibles et très typés, les dessins de Sfar créent un univers coloré et riche qui devient volontiers psychédélique pour décrire les délires du chat. Et si les dénonciations des extrêmes sont bien sûr présentes (les islamiste ne sont pas bien loin), des figures comme celle du Rabbin lui-même, paisible et sensé, donnent à l'ensemble un côté bon enfant qui fait de cette histoire une lecture très abordable et agréable.

La note de Mélu:

Note_5

chat_du_Rabbin_Le film: en juin 2011, Le Chat du Rabbin sort sur nos écrans, adaptation d'une partie de la bande-dessinée par Joan Sfar lui-même et Antoine Delesvaux. La trame globale de l'histoire reste la même: qu'est-ce qu'être un bon Juif? Car dans l'Algérie coloniale du début du XXième siècle, on ne prêche pas le Judaïsme à la légère, et le Rabbin devra subir un examen de la république française pour continuer à exercer. Et dans l'Europe de cette même époque, en Russie par exemple, les persécutions des Juifs ont déjà commencé. Plus condensée, plus ramassée, l'intrigue est pourtant très cohérente. J'ai été frappée par la qualité de l'animation: les mouvements du chat sont d'un réalisme épatant et le rendent terriblement attachant. Les amoureux des chats craqueront immédiatement!
Enlevés et dynamiques, les dialogues sont un vrai régal, notamment la voix du chat: jamais un mot plus haut que l'autre et pourtant chaque mot nous arrache un éclat de rire, notamment parce que même ses miaulements sont doublés, non pas par des miaulements, mais le doubleur (François Morel) qui dit "miaou". La petite cerise sur le gâteau : les musiques, qui nous dépaysent immédiatement et soulignent le dynamisme coloré des dessins. Je ne saurais donc trop vous recommander ce pur moment de plaisir cinématographique, qui pourrait faire figure d'ovni devant les types de films d'animation que l'on produit aujourd'hui, et qui reste pourtant un régal pour les yeux, les oreilles, le cerveau et les zygomatiques.

Résumés, personnages et captures d'écrans sont disponibles sur le site consacré à ce doublet que vous pouvez retrouver en cliquant ici. Et comme je vous soigne et que je vous crois aussi fénéant que moi, je vous mets ici la bande-annonce qui est déjà savoureuse:

 

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