rebeccaL'auteur: Daphné du Maurier (1907-1989) est, comme son nom ne l'indique pas, une romancière britannique. Et vous la connaissez forcément, puisque c'est elle qui a écrit le roman Les Oiseaux, adapté au cinéma par un certain Alfred Hitchcock.

Le livre: une jeune fille, dame de compagnie pour Mme Van Hopper, une femme de la bonne société, rencontre à Monte-Carlo Maximillien de Winter. Celui-ci est veuf depuis moins d'un an: sa femme, Rebecca de Winter, s'est noyée. Mme Van Hopper ne cesse de bavarder à propos de ce parti avantageux, quoique déjà d'âge mur, mais surtout de la magnifique propriété qu'il habite et qui rayonnait en présence de la célèbre Rebecca. Maxim de Winter va profiter d'une maladie qui oblige Mme Van Hopper à garder la chambre pour inviter la jeune fille à sa table, puis dans des excursions qui prennent vite un tour romantique. De fil en aiguille, il épouse la jeune femme qui devient la nouvelle maîtresse du domaine de Manderley. Mais très vite, elle se rend compte que l'empreinte de Rebecca est terriblement présente dans les lieux comme dans les personnes. Déjà peu sûre d'elle parce que très jeune et issue d'un milieu modeste, la nouvelle Mme de Winter vit dans l'ombre permanente de Rebecca.

Le roman débute comme un film des annes 1960. Soleil de Monte-Carlo, beaux hôtels, beau parti, milieu guindé...  J'ai eu un mal fou à comprendre qui était cette narratrice et où l'histoire nous menait. Car dès le départ, une surprise nous attend: la Rebecca du titre est morte, ne sera pas un personnage du livre et l'identité de la narratrice nous restera parfaitement inconnue. Aussi tout le début du livre s'osbtine à tourner autour du pot: qui est Rebecca? Pourquoi fait-elle autant parler d'elle? Qu'y a-t-il de si merveilleux à Manderley et chez Max de Winter? Tout cela tient essentiellement en bavardages de Mme Van Hopper et j'ai eu du mal à parcourir les cinquante premières pages.
Mais aussitôt le mariage décidé, tout change. En terrain ennemi, la narratrice nous entraîne dans une ambiance lourde, pleine de secrets, de manipulation et de malaise. Toute une partie de la maison reste fermée, Maxim ne supporte aucune allusion à son ancienne vie avec Rebecca, mais les voisins ne cessent de demander si la propriété va reprendre son faste d'autrefois et si la nouvelle Mme de Winter organisera des bals aussi beaux que ceux de l'ancienne... La pression qui repose sur elle ne fait que s'accroître, cristallisée par la présence de Mme Danvers, la gouvernante, qui joue avec ses nerfs en permanence en lui rappelant comment les choses fonctionnaient "du temps de Mme de Winter", la vraie. Fragilisée, perdue, isolée, privée d'identité jusqu'à son propre nom, cette narratrice est un chef d'oeuvre de torture psychologique et toutes ses tentatives pour prendre la place que lui a donné son mariage ne réussissent qu'à l'enfoncer un peu plus. Quant à Maxim, il est d'une froideur et d'un détachement épouvantable: toutes les remarques qui blessent tant son épouse ne semblent même pas l'atteindre et on rêve de le secouer pour qu'il prenne enfin soin de celle qu'il a jeté dans la fosse aux lions.

La note de Mélu:

Note_4

Un roman passionnant aux multiples facettes.

 

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Et c'est avec cette lecture que je clôt le défi des 100 incontournables de Livraddict, pile dans les temps! Vingt-et-un livres plébiscités par les lecteurs lus en un an, je suis plutôt fière de moi.