l_gendes_du_morvanL'auteur: j'ai découvert Sandra Amani avec ses Mystères du Nivernais. Je la retrouve avec plaisir dans ce recueil plus ancien.

Le livre: "Le Morvan ... C'est une montagne en Bourgogne, au centre de la France, qui déroule ses lourdes croupes hérissées de sapin dépassant à peine les 900 mètres d'altitude..." Tout est dit dans cette phrase qui ouvre le livre: bienvenue dans la France des légendes et des mythes anciens. Là, les roches rappellent un pari entre Dieu et le Diable, les pierres tournent révélant un trésor mais emprisonnant les enfants, les seigneurs rustres cherchent à éliminer les prétendants de leur candide fille, des bêtes à six têtes exigent le sacrifice d'une vierge tous les samedi en échange de la tranquillité du village... Légendes traditionnelles oubliées? Détrompez-vous. Car dans le Morvan, on trouve aussi Louise, la jolie auto-stoppeuse qui distrait bien trop ses dévoués chauffeurs. Un peu plus loin, une étrange lavandière s'obstine à faire sa lessive au lavoir alors qu'elle possède depuis longtemps un lave-linge. Et sous le coucher du soleil, l'étang de Cassin rougit encore tous les ans, et des ombres s'agitent derrière les fenêtre du moulin tout près, où se cachaient les résistants pendant la guerre.

J'ai réussi à vous faire peur? Parce que ces histoires ont réussi à m'ébranler. Certes, on y retrouve les princesses et les seigneurs des contes de fée que l'on a toujours connu, avec happy end à la clé:  si la pauvre Marie est punie de sa cupidité en voyant son enfant enfermé dans la grotte au trésor, elle a le bonheur de le retrouver sain et sauf un an plus tard, et la jolie princesse sauvée de la bête Faramine à sept têtes finira par épouser son sauveur. Mais loin de s'en tenir à cela, ces légendes sont volontiers tragiques: malgré sa piété, la jeune Blanche ne survivra pas à la cruauté de son père, et nombreux sont ceux qui ne reviennent pas de leurs promenades dans les bois. Un des exemples les plus frappants est la version bourguignonne de mon avatar Mélusine: la Fée de l'Argentelet, qui a obtenu de son mari qu'il ne voie jamais ses pieds, ne se contente pas de disparaître comme sa cousine bretonne, puisque le chateau et tous ses habitants sont engloutis sous la terre. Et pour ne rien arranger, Sandra Amani est allée aussi chercher des histoires qui semblent étonnamment proches, bizarrement contemporaines, comme des légendes urbaines qui pourraient nous arriver si nous avions le malheur de nous promener dans ces coins-là... et là où elle nous a fait rêver au pays des fées quelques pages auparavant, elle nous rappelle à un quotidien bien tangible et non moins mystérieux, avec la même efficacité: on est embarqué. Oui, bon, j'avoue, j'ai scruté la carte avec une petite appréhension. Parce que ce livre nous accompagne jusqu'au bout dans le mélange entre proximité et imaginaire: chaque légende est précédée d'une petite carte du Morvan qui situe le lieu de l'histoire, et l'on trouvera aussi de superbes photographies oniriques, des croquis féériques en arrière-plan du texte: l'immersion est totale et le talent de la conteuse certain.

La Note de Mélu:

Note_5

 En 2011 est sortie l'adaptation en bande-dessinée de ce livre!

Legendes_morvan_Amani_Crislane_Grycan_gL'illustrateur: Julien Grycan signe les dessins de cette adaptation de six des légendes. C'est toujours Sandra Amani qui s'occupe du scénario.

Le livre: La bête Faramine, la fée de l'Argentelet, Lisalou la dernière fée sont autant de petits personnages que l'on retrouve avec plaisir dans ces pages illustrées. Le scénario est très fidèle au texte d'origine et l'histoire est donc intacte. Classiques et élégants, les dessins servent une ambiance fantastique et médiévale à souhait, notamment pour les décors qui sont d'une finesse remarquable: l'image du château englouti dans le sol est saisissante. Jouant sur le hors-champ, les gros plans et autres techniques visuelles, les vignettes participent du suspens tragique des histoires et soulignent la qualité de la narration que le texte nous avait déjà montrée. Mon seul regret: n'y retrouver, parmi les six histoires choisies, que les plus traditionnelles, comme si c'était un choix. Heureusement, on y retrouve une de celle qui m'a le plus touchée, celle des jeunes filles qui vérifient la croyance populaire en tendant un miroir à la pleine lune pour rêver de leur futur mari. Très connue, cette légende gagne en profondeur grâce au récit que Sandra Amani façonne autour d'elle et aux visages candides que Julien Grycan donne aux héroïnes. J'en garde un souvenir admiratif.

 Merci, Sandra, pour la jolie dédicace de cette bande-dessinée!