adoplheL'auteur: Benjamin Constant (1767-1830) est un romancier français, ainsi qu'un homme politique élu député.

Le livre: L'éditeur vous alerte dès le départ: il a trouvé cette anecdote dans des papiers qui appartenaient à un voyageur croisé au détour d'un hôtel. L'histoire est celle d'Adolphe, un jeune homme désabusé et cynique. Voulant tenter d'égayer son quotidien par la séduction d'une femme, il jette son dévolu sur Ellénore, une femme de dix ans son aînée. Mais Ellénore est déjà la maîtresse en titre du comte de P... depuis plus de dix ans, elle en a même deux enfants. Victime d'une réputation légère dont elle n'arrive pas à se défaire, elle s'applique à mener une vie aussi rangée et posée que possible. Qu'à cela ne tienne: Adolphe lui fait une cour si acharnée qu'Ellénore tombe amoureuse de lui. Mais très vite, Adolphe se lasse d'une conquête qui ne lui apporte plus rien.

Moi qui aime d'habitude les histoires de salaud en littérature, en voici un qui ne trouve pas grâce à mes yeux. En effet, plus qu'un héros passionné et égoïste, Adolphe est avant tout un lâche. Il ne séduit Ellénore que par amusement, mais passe ensuite trois années à essayer de s'en débarrasser, à lui faire subir sa mauvaise humeur et ses brimades, à lui reprocher les chaînes et les comptes qu'il doit lui rendre. Mais ce qui fait l'originalité de cette histoire, c'est qu'Ellénore, elle, est une héroïne toute romantique. Femme vertueuse dévergondée par un amant volage comme il en existe tellement, elle rejoint les Mme de Rênal, les Henriette de Mortsauf, et même les inconnues de Zweig, toutes ces femmes qui se sont donnée toutes entières à des hommes égoïstes qui ne les méritaient pas et qui rayonnent par leur passion et leur pureté même.
Là où tout se complique, c'est que cette femme aimante et dévouée devient aigrie à force de voir celui qu'elle aime inventer mille excuses pour ne pas être avec elle. Et là est peut-être l'étonnante modernité de ce roman: c'est le roman de la lassitude, d'une histoire presque trop simple et trop banale pour être racontée. Ellénore est capable des déclarations les plus passionnées, que ne renierait aucun romantique digne de ce nom. Mais elle ne les déclare pas à la bonne personne, et elle se débat pour être une héroïne romantique devant un anti-héros qui rappelle qu'il ne lui a demandé aucun sacrifice. Elle rêve de l'amour éternel quand il ne cherche que des passades. Terriblement commun.
Et cette passion déchirante nous est contée la froide lucidité de celui qui ne cesse de repousser le moment de rompre, parfois par simple provocation: ne pas obéir à son père, par exemple, qui lui conseille de cesser une liaison qui lui fait perdre du temps, qui le rend malheureux et dans laquelle il est incapable de rendre sa compagne heureuse.

La Note de Mélu:

Note_4

Un roman étonnant qui oppose le fond passionné et la forme analytique. Une belle découverte.

Cette lecture fut menée en commun avec Martial.