journal_d_une_femme_de_chambreL'auteur: Octave Mirbeau (1848-1917) est un journaliste et écrivain français. Sa liberté de ton et ses critiques radicales l'ont condamné à un certain oubli pendant une cinquantaine d'année après sa mort.

Le livre: recrutée chez M. et Mme Lanlaire en province, Célestine, femme de chambre parisienne, décrit dans son journal son quotidien et ses souvenirs. Les Lanlaires sont les premiers à faire les frais de ses petites piques. Madame enferme tout sous clé, change le nom de sa domestique, garde tout sous clé, compte tout et réprimande la soubrette si un grain de raisin a le malheur de disparaître. Quant à Monsieur, on sait bien que toutes les précédentes femmes de chambres ont quitté la maison après qu'il les ait toutes mises enceinte. Mais elle en a vu d'autres, Célestine. Tantôt les maîtresses qui la traitent comme une confidente en lui racontant entre poudre et cotillon tous leurs petits secrets, tantôt elles la martyrisent en la traînant plus bas que terre. Mais outre les bruits de couloir et la vie privée des bourgeois, c'est aussi la condition des femmes de chambre qu'elle veut raconter. Une place qui ne se garde pas plus de quelques mois, que l'on obtient dans des agences où l'on est vendu comme une vulgaire marchandise.

Le titre de ce livre m'avait intrigué. Et je n'ai pas été déçue. Comme prévu, la soubrette n'est pas tendre avec ces gens de la haute qui se croient tout permis et ne sont plus à un absurdité près. Allez donc nettoyer une maison dont on vous défend l'accès en permanence, ou rendre en partant tous les vêtements que madame vous a donné. La maîtresse de maison a d'ailleurs son mot à dire sur tout, y compris sur les fréquentations de Célestine. Et elle ne se laisse pas faire. Célestine garde son poste si peu de temps parce qu'elle n'hésite pas à dire leur quatre vérités à ses employeurs. Le ton y est donc acerbe, enjoué, frais, dans une langue d'une étonnante modernité et sans la moindre lourdeur, inhabituel pour un roman de cette époque: il en est rendu très populaire donc facile à lire. Populaire, il l'est également dans tous les personnages du peuple que Célestine fréquente, depuis la cuisinière persuadée d'être exceptionnelle parce qu'elle est troussée par le maitre de maison, jusqu'aux bigotes de l'église qui se répandent en quolibets, rumeurs et commérages interminables, en passant par les villageois traumatisés et émoustillés par le viol et le meutre d'une fillette, crime qui hante longtemps Célestine elle-même.  Mais l'on n'est pas là dans un roman uniquement caustique. Célestine est aussi une âme passionnée, pleine de dévouement notamment pour une vieille dame qui l'embauche pour adoucir le quotidien de son fils gravement malade. Elle se révèle donc grandie, édifiante, même. Et par là, quoique soubrette sans éducation ni valeurs, une véritable héroïne.

La note de Mélu:

Note_4

 

 

 

Un roman facile à lire, très prenant, qui offre une facette peu fréquente de la dernière bourgeoisie.

Cette lecture fut menée en commun avec Céline.

Ce film a fait l'objet d'une célèbre adaptation cinématographique en 1964 par Luis Bunuel avec Jeanne Morea dans le rôle titre.

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