Les_voyages_de_GulliverL'auteur: Jonathan Swift (1667-1745) est irlandais. Il a écrit de nombreux pamphlets satiriques mais en France, on ne le connaît que comme écrivain pour enfant.

Le livre: Le narrateur, Gulliver, est un chirurgien travaillant dans la marine. Après un naufrage, il se réveille sur une île inconnue. Constatant avec surprise qu'il est entravé par de très fines ficelles, il découvre qu'il est le prisonnier de tous petits hommes, ne mesurant pas plus de quelques pouces de haut. Après les avoir convaincu de ses intentions pacifiques, il prend contact avec leur empereur, apprend peu à peu leur langue. Il apparaît que les Liliputiens sont en guerre perpétuelle avec l'île voisine, et craignent que leur hôte ne les trahisse en s'alliant avec leur ennemi. Un partie des Liliputiens étant très hostile à  sa présence, Gulliver décide de s'en aller. Mais le virus du voyage l'a pris: le voici qui repart bientôt et qui se retrouve à Brobdingnag, un pays peuplé de géants. Après avoir, encore une fois, appris leur langue, il devient un objet de curiosité et est vendu à la famille royale, qui lui fournit une petite boite meublé pour le transporter. Mais lors d'une sortie, la boite est enlevée par un oiseau, qui finit par la lâcher dans l'océan. Secouru par des gens de sa race, Gulliver enchaîne avec un troisième voyage Dans le pays de Laputa où il arrive, le roi vit dans une île qui flotte dans les airs et qui lui permet de surveiller toutes ses provinces. Ce pays est peuplé de brillants scientifiques qui inventent et spéculent au point d'en perdre la logique la plus primaire. Son dernier voyage le mènera chez les Houyhnhnms, de superbes chevaux intelligents, pays dans lequel les humains, appelé yahous, sont de répugnants animaux sauvages.

Un résumé plus long qu'à l'accoutumé, mais j'en avais besoin pour remettre mes idées en place à la suite de cette lecture, que j'ai d'ailleurs eu un mal fou à terminer. D'abord parce que la langue classique du XVIIIème siècle n'a rien de simple et ne souffre d'aucune seconde d'innatention. Ensuite parce que ce que l'on prend souvent pour un conte naïf pour enfant est en fait un véritable conte philosophique, bien plus proche de Micromégas que d'Alice au pays des merveilles. Je comprends bien mieux maintenant pourquoi l'on ne raconte souvent que le premier de ces quatre voyages: c'est le seul où il y a un semblant d'action et d'aventures. On y retrouve volontiers des échos de Gargantua dans la présence de ce géant, notamment lorsqu'il urine sur le palais de l'impératrice pour y éteindre un incendie. Hélas, le reste du roman n'est pas de ton: la plupart du temps, Gulliver disserte et explique en un compte-rendu détaillé ce qu'il a appris sur les institutions et le système politique et social du pays qu'il visite. On a donc le sentiment d'un long monologue qui demande une attention extrêment soutenue. Malheureusement je dois être une lectrice plus fainéante que je ne le pensais puisque j'ai très souvent décroché et j'ai donc eu un mal fou à avancer dans la lecture. Par ailleurs, on sent très souvent que les descriptions de Laputa ou de Liliput doivent être lues et comprises en regard de l'Angleterre dans laquelle vivait Swift, tout comme ses descriptions de son pays lorsqu'il le présente à ces hôtes, mais ma connaissance de l'Angleterre du XVIIIème siècle étant trop succinte, j'ai souvent eu le sentiment de passer complètement à côté du propos.

Pourtant, a posteriori, la lecture regorge de petites pépites. Les bouffonneries scientifiques des habitants de Laputa sont délicieuses, et l'absurde que Swift manie avec brio n'a cessé de me surprendre. J'ai d'ailleurs raccroché sur le dernier voyage, car il confronte habilement les notions d'humanité et d'animalité, thème plus universel que la politique anglaise, et qui m'a donc plus parlé. C'est un délice que de voir le Houyhnhnms, noble cheval, reprocher à Gulliver sa face plate, ses yeux inutiles, ses pieds fragiles et son absence de poils qui l'oblige à se vêtir des fourrures des autres. C'est d'ailleurs le seul voyage où Gulliver se sent à sa place parmi les habitants, jusqu'à ce que ceux-ci lui rappellent que pour eux il n'est qu'une bête et qu'ils le poussent vers la sortie. Le travail sur l'altérité est poussé jusqu'à l'extrême, puisque Gulliver rentrant chez lui se sent étranger à sa propre famille, car ces humains lui rappellent trop les yahous bestiaux qu'il a vu. Sous couvert de naiveté et de bouffonnerie, le livre se termine donc sur une impression de malaise et de profonde remise en question qui ne laisse pas indifférent.

Titre original: Gulliver's Travel (traduit de l'anglais)

Une lecture mitigée donc. Un livre riche et complexe, mais dans lequel je n'ai pas su pleinement entrer.

La Note de Mélu:

Note_3

Cette lecture fut menée en commun avec Lili Galipette.

En 2010, une nouvelle version cinéma de ce livre est sortie sur nos écrans, avec Jack Black dans le rôle de Gulliver. Pour l'anecdote, il a reçu le Razzie Award 2011 du pire acteur. Ca promet!

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5 / 12