Notez le titre: voici cinquante dimanche que je participe à votre culture artistique en vous faisant (re)découvrir quelques oeuvres d'art. Franchement, je suis fière de moi.

Après cette séance d'auto-congratulation fort méritées, revenons à nos moutons. Cette semaine, je vous propose un peintre du XVIème siècle: Jean Cousin l'Ancien (1500-1560), peintre français originaire de Bourgogne. Le tableau est lourd de sens rien qu'avec son titre: Eva Prima Pandora.

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Comme l'indique son titre, ce tableau représente bien deux femmes en une: Eve, la pemière femme selon la Bible chrétienne, qui a mangé la pomme du Jardin d'Eden et entraîné Adam dans sa chute; et Pandore, la première femme selon la mythologie grecque, envoyée avec une boite et l'interdiction de l'ouvrir, ce qu'elle s'est empressée de faire et a répandu le mal sur terre.

Les points communs entre les deux personnages abondent: ce sont deux femmes fondatrices, et surtout deux preuves que tous les maux sur terre sont dus à la femme. Une seule et même vision de la femme, donc, représentée ici nue, à l'antique, alanguie, traversant le tableau de part en part: mise en scène et occupant tout l'espace. Le corps de la femme est donc au centre de l'attention, entourée de multitude de symboles: la pomme dans la main droite, la boite dans la main gauche, les objets du délit, ses armes de destruction massive.

Moins neutres, d'autres symboles insinuent la nature maléfique de la Femme, quelle que soit la religion qui en parle. Tout indique que cette créature est dangereuse, mortelle, ce que le crâne sous son bras au premier plan rappelle: n'y a-t-il pas quelque chose de malsain à voir cette belle femme blonde au corps exposé nonchalammant installée avec un crane sous une main et un serpent autour de l'autre? Même en faisant abstraction des significations religieuses, cette femme semble jouer avec la mort au bout de ses doigts.

Un troisième niveau de lecture vient s'y ajouter. Car avec ses cheveux blonds parés de perles et apprêtés, son teint de lait, ses jambes immenses, ses seins menus et sa petite tête, cette Eve-Pandore entre dans les critères de la beauté italienne de la Renaissance. Il s'agit donc d'une femme type, d'un prétexte pour représenter une jolie fille, nue qui plus est, une véritable pin-up d'époque, qui appuyée sur son crâne, rappelle à tous la vanité éphémère de sa beauté. "Et tu redeviendras poussière..."

Fatale, cette femme l'est à tous les niveaux!

Qu'en pensez-vous?