deux_soeurs_pour_un_roiL'auteur: Philippa Gregory (née en 1954) est une romancière britannique.

Le livre: Nous sommes à la cour du roi Henry VIII, en Angleterre. Mary Boleyn, récemment mariée à William Carey, attend le retour de sa jeune soeur, Anne, élevée à la cour de France. Leur père et leur oncle ont de grands projets pour les deux jeunes filles: la famille Boleyn a l'ambition de placer au mieux ses membres à la cour, et de ne pas se laisser dépasser par les autres grandes familles, comme les Seymour. Lorsque Henry remarque Mary et lui fait la cour, ils la séparent immédiatement de son mari: elle devient la maîtresse du roi, sa favorite officielle. Dévouée à cet homme fascinant, Mary tarde à s'apercevoir qu'elle n'est qu'un pion dans le jeu de pouvoir des Howard et des Boleyn, jeu auquel Anne, pleine d'ambition, se prête volontiers.

Un petit pavé qui se dévore à toute vitesse. Quasiment inconnue, Mary Boleyn raconte ici son histoire: douce, aimante, simple et un peu naïve, elle fait ressortir avec une cruauté flagrante le nid de vipères que représente la cour royale des Tudor. J'ai d'ailleursappris beaucoup sur les intrigues de cour, à savoir notamment que les maîtresses royales sont institutionnalisées. Il faut impérativement envoyer le mari de Mary loin de la cour, afin que si elle tombe enceinte, le roi soit sur que ce soit de lui, mais il faut la maintenir mariée afin que les filles nées de cette union, inutiles, aient un nom. Mary en aura d'ailleurs une, suivie d'un garçon, objet de toutes les convoitise. Le personnage d'Anne Boleyn vu par les yeux de sa soeur est tout à la fois détestable et digne de la plus grande pitié: prête à tout pour monter sur le trône, les événements lui en donnent l'occasion, et c'est alors que Mary peine à se relever de son deuxième accouchement (celui du précieux fils) qu'Anne étourdit le roi par ses charmes et son intelligence. Car Anne est une fine stratège, une politicienne, un tempérament bouillonnant, et c'est notamment grâce à ses disputes et ses caprices qu'elle séduit le roi. Sûre d'elle lorsqu'elle détrône Catherine d'Aragon pour devenir reine, elle imagine être à la tête de la grande machine Boleyn, et tombera de bien haut, alors que Mary, déjà abandonnée, peut avoir une seconde chance. Entre la nostalgie des sentiments  véritables et une quête de pouvoir qui devient une question de vie ou de mort, ce livre est un petit chef-d'oeuvre.

La Note de Mélu:

Note_5

Titre original: The Other Boleyn Girl (traduit de l'anglais).

Deux_soeurs_pour_un_roi_filmLe film: en 2008, la version de Justin Chadwick sort sur nos écrans. Son premier argument est bien sûr son casting: Scarlett Johansson incarne la blonde Mary, Natalie Portman la brune Anne, Eric Bana dans le rôle d'Henri VIII et même Kristin Scott Thomas, qui incarne Lady Boleyn, la mère des deux soeurs. Une belle affiche, donc. Le scénario a quelque peu modifié l'intrigue, notamment sur la manière dont les soeurs rencontrent le roi. Beaucoup de suppression également, mais avec un pavé pareil, il fallait s'y attendre. Non, ce qui m'a le plus dérangé, c'est cette rivalité exacerbée entre les deux soeurs: on voit Anne profondément blessée que Mary soit choisie par le roi alors que c'est elle qui devait l'être. Il en devient donc difficile de comprendre son soudain mariage secret avec Henry Percy, le jeune homme dont elle est tombée amoureuse. Or, si Mary incarne une âme pure et désireuse d'aimer, Anne était, sous la plume de Philippa Gregory, un monstre d'ambition au service d'abord de la famille Boleyn, répétant à l'envi que l'important était qu'une des deux filles obtienne les faveurs du roi, peu importe laquelle. Cette complexité du personnage, tiraillé entre amour propre, devoir familial, ambition personnelle et besoin d'une présence fraternelle est complètement effacée dans le film, de même que la relation qui unit le frère et les deux soeurs, cellule de soutien et de sincérité dans laquelle ils se retranchent régulièrement: il ne reste que deux filles qui se bagarrent pour un homme, et George Boleyn, leur frère, devient un personnage secondaire complètement insignifiant. Le jeu d'acteur des deux comédiennes principales est très appréciable : Scarlett Johansson me donne toujours de gros a priori et parvient toujours à me surprendre, et Natalie Portman est superbe. Le personnage le plus réussi reste Henry VIII, dont on ressent l'évolution depuis un prince généreux et tendre jusqu'au monstre d'égoïsme et de cruauté qu'Anne Boleyn en a fait.

Un bon moment de cinéma, qui sans être un chef d'oeuvre, se laisse regarder pour la beauté des actrices, des costumes et le côté midinette.

Et merciiiiii à Anne-Sophie pour m'avoir permis ce beau doublon ciné-littéraire!

Challenge_La_litt_rature_fait_son_cin_ma_3e_cat_gorie

4 / 11