rester_de_bonne_humeurL'auteur: Martin Marceau est un auteur français.

Le livre: Avec la mondialisation, le Sida, les guerres, tout ce qu'on entend à la télévision, il paraît difficile de se lever de bonne humeur et confiant dans l'avenir. C'est du moins ce que pense le narrateur de ce petit livre, qui broie du noir. Finalement, même son PC craque. Il l'emmène alors à réparer dans une petite boutique tenue par un homme placide et souriant, qui lui annonce que c'est tout sa colère qui a empêché l'ordinateur de démarrer. Commence alors un échange par e-mail et messagerie instantanée entre les deux hommes: Papymia, le réparateur, invite notre narrateur à voir les choses autrement, à superposer plusieurs visions de la vie pour ne pas se complaire dans ce pessimisme permanent.

Première critique, à chaud, en refermant ce livre: le titre est très mal choisi et très trompeur. Je m'attendais en effet à quelque chose qui parle réellement de la bonne humeur, à savoir quelque chose de quotidien et de personnel. Parce que franchement, je sais bien que le monde va mal, qu'on pollue la planète, que le Sida fait des millions de mort, que les plus riches exploitent les plus pauvres, mais de là à dire que ça me met de mauvaise humeur en permanence, il faut chercher loin. Loin d'être un guide bien-être et savoir-vivre, ce livre vous propose donc d'explorer ce qui a mené le monde là où il est, d'accepter l'état dans lequel il est et de voir son futur de manière plus posée et moins alarmiste, au moyen d'un dialogue où le sage amène son élève à se poser les bonnes questions et à trouver la vérité en lui. En cela, la structure et la démarche m'ont paru bienvenues, assez similaire à ce qu'avait fait Jostein Gaarder dans Le Monde de Sophie. Efficace, cette méthode permet de vulgariser des concepts philosophiques assez d'habitude obscurs ou carrément rébarbatifs. Car pour moi, c'est bien un livre de vulgarisation philosophique sur le monde contemporain du point de vue social, politique, historique et économique: partant du postulat que les gens ont du mal à réfléchir seuls et à voir tout les aspects d'un problème, il leur enseigne une sagesse (sophia) qui consiste à réfléchir posément, voir plus ouvertement et plus largement et envisager tous les aspects d'un problème. Et cet aspect m'a beaucoup plu.

Et pourtant, cela ne m'a pas touchée. Principalement pour deux raisons.
D'abord, parce que cette méthode de réflexion que Papymia se propose d'enseigner au narrateur, ce regard profond, cette superposition des points de vue, j'ai moi-même appris à la faire, dans la douleur parfois, lorsque je planchais sur mes dissertations de philosophie (je ne vous parle pas de la lointaine esquisse de philo qu'on fait durant l'année de terminale, je vous parle de vrais cours de philo, genre prépa ou fac, où vous passer des semaines et des semaines à tourner et retourner dans tous les sens un concepts aussi banal et vide que le temps, le savoir,...). Donc pour faire court, je n'ai été ni admirative ni surprise, simplement satisfaite de trouver un écho à ma propre manière de réfléchir. Oui, ça peut paraître présomptueux, voire carrément vaniteux d'écrire ça, mais tant pis: j'ai fait de la philo, si ça ne doit me servir qu'à une chose dans la vie (à savoir écrire cet article), ça sera déjà ça de pris.
Ensuite, parce que la plupart des constatations que le narrateur en vient à faire, je les avais déjà plus ou moins faites de moi-même. Bon soit, peut-être pas de manière aussi explicite et poussée, mais concrètement, je n'ai rien appris.

Pour autant, je trouve que ce livre a de nombreuse qualité, la première étant de vouloir faire réfléchir les gens qui ne se plaindraient de poncifs et d'analyses de comptoir ("Le monde va mal, bla bla bla) et d'y arriver: très clair, il serpente progressivement dans des concepts assez complexes parfois, avec un cheminement aisé à suivre et ludique grâce à la forme du dialogue. J'ai trouvé particulièrement réussies les mises en relations de l'âge des hommes avec l'âge de l'humanité (qui est toute jeune, à l'échelle de l'univers, tous les bons lecteurs de SF le savent) et l'analyse en image de l'évolution géopolitique du monde, montrant que le centre économique et politique de la planète se déplace toujours vers l'Ouest (Mésopotamie - Egypte - Europe - Etats-Unis - Chine?). Même si cela reste de la philosophie pour moi, et pas de l'analyse politique ou anthropologique, on constate, par la force de la démonstration à laquelle on adhère facilement, que notre jugement sur le monde est sans doute trop sévère. En un mot: on change notre manière de voir. Ca marche.

Pour moi, il s'agit donc d'un livre à conseiller à tout ceux qui se sentent un peu dépassés (ou effondrés) quand ils regardent les informations. Mais aussi à tous ceux qui ont toujours pensé que la philo ne servait à rien ou qu'elle n'avait aucun rapport avec le vrai monde. Ou encore, à tous les élèves de Terminale qui veulent savoir ce qu'est réellement la philosophie et pourquoi il faut faire trois parties de trois points de vue différents dans une dissertation.

La Note de Mélu:

Note_3

Je remercie chaleureusement les éditions Nouvel Angle pour cette découverte. Ce livre fut une lecture commune avec Belle de nuit, Ellcrys et Marion. Allez voir leurs avis!