reine_margotL'auteur: Alexandre Dumas a déjà une petite histoire dans les pages de Ma Bouquinerie. Je vous y renvoie.

Le livre:  Au Louvre, en 1572, on célèbre le mariage de Marguerite de Valois et d'Henri de Navarre. Qui sont-ils? Marguerite est fille de France, soeur du roi Charles IX qui lui donne le doux surnom de Margot. Mais derrière lui, la figure sombre et puissante de Catherine de Médicis veille. La France reste divisée entre catholique et huguenots et les relations avec la Navarre, fief de ce dernier groupe, sont tendues. On marie donc Marguerite et Henri sans les présenter pour réconcilier les deux religions. De nombreux huguenots sont montés à Paris pour soutenir leur roi Henri et parmi eux, M. de la Mole, qui se lie d'amitié avec M. de Coconas. Mais très vite, les catholiques parisiens et la Reine Catherine supportent mal l'arrivée au Louvre de ce roi des huguenots. Lors de la nuit de la Saint-Barthélémy, la violence se répand, les huguenots sont massacrés. Gravement blessé, M. de la Mole réussi à se cacher dans une chambre. Celle occupée par la reine Marguerite, dont il tombe très amoureux.

Ce petit pavé de sept cent pages n'a pas fait long feu dans mes mains. Dumas m'a encore une fois épaté dans son art de l'action, du suspens, de la mise en scène. Il sait nous tenir en haleine sur plusieurs pages avec une tension terrible. Aucune longueur dans ce roman qui mêle l'aventure, le politique, le policier, l'amour et le roman noir. Car ce que ce roman a de plus par rapport à aux autres que j'ai lu de cet auteur, c'est sa noirceur. Il commence dans le sang, et rien des horreurs de la Saint Barthélémy ne nous est épargné: les épées fendent les chairs, les arquebuses tirent dans le tas, les couteau déchirent et le sang coule. Marguerite elle-même est une reine sanglante, qui commence le roman baignée dans le sang de son futur amant et qui le finit devant l'échafaud (je n'ai pas dit dessus). Les personnages sont tous étonnamment travaillé: Coconas et la Mole incarnent à merveille les valeurs du siècle romantique, l'un fougueux et loyal, l'autre amoureux et passionné. Marguerite n'est pas une beauté froide royale mais bien une femme, qui badine avec son amant, pleine de vie et de profondeur. Charles est un personnage d'abord effacé qui n'a visiblement jamais vraiment voulu être roi, qui laisse sa mère gérer sans toutefois être dupe de ses manipulations. Et la reine Catherine de Médicis est juste une merveille: noire,  inquiétante, détestable, manipulatrice, empoisonneuse, sorcière, elle cristallise tous les aspects qui ont fait sa légende et l'on voit que sa main griffue va loin, très loin. Je me suis tout simplement régalé à suivre les amours de la Reine, les  nombreuses tentatives de Catherine de Médicis pour assassiner Henri de Navarre, toutes étant l'occasion d'un suspens insoutenable puisque Henri en réchappe toujours sur le fil.
Petit délice d'intertextualité: je sais enfin d'où vient la scène finale (et le nom de Mathilde) du Rouge et le Noir. Oui, il en faut peu pour me faire plaisir!
Et malgré les sept cents pages (toutes lues sur mon e-book, au passage...), j'ai été déçue que ce soit déjà finie.

La Note de Mélu:

Note_5

 

La_reine_Margot_filmLe film: en 1994, Patrice Chéraud propose sa version de La Reine Margot. Il confie le rôle de Margot à Isabelle Adjani: d'elle, je ne connaissais que les mauvaises langues, peu tendre avec son air illuminé. Force est de reconnaître qu'elle crève l'écran. Mais commençons par l'histoire. J'ai regretté que le film s'attarde autant sur le mariage, certes magnifique à l'écran, mais qui tient bien trop de place. Margot, par contre, est hautaine à souhait pendant son mariage. Le film a mis en avant son aspect sensuel: Margot après sa dispute avec le duc de Guise, son amant en titre et principal ennemi des protestants, n'hésite pas à sortir masquée en ville pour choisir sur le trottoir un amant d'un soir qui la satisfera au fond d'une ruelle. Mais Margot est bien la reine révoltée, qui n'a plus ni famille ni véritable patrie après le massacre qui marque ses noces. Sanglante, elle l'est aussi, et c'est sa robe blanche maculée de sang qui le montre le plus souvent. Les personnages secondaires sont tout aussi intéressant: ainsi Daniel Auteuil campe un futur Henri IV austère et tendu à souhait. J'ai été un peu déçu par Vincent Pérez dans le rôle de la Môle, qui ne fait pas grand chose à part jouer le beau gosse et se faire trucider. Catherine de Médicis incarnée par Virna Lisi manque un peu d'envergure. Le plus réussi est à mon sens Charles IX, joué par Jean-Hugues Anglade, qui obtient un César du meilleur second rôle amplement mérité: torturé, instable, aux bords de la folie mais pleinement conscient qu'il doit ménager sa famille et le bien commun, tout aussi manipulé que Margot mais moins libre qu'elle de le dire, il m'a fait froid dans le dos. C'est donc un film sombre, fort bien joué, aux images superbes, qui oscille entre nonchalance royale et horreur affichée. Un grand moment.