la_boite_noire_BDPrécisions: j'ai lu d'abord la bande-dessinée, puis la nouvelle.

L'auteur: Tonino Benacquista, auteur contemporain de talent, est l'auteur du scénario de cette bande-dessinée qui était à l'origine l'une de ses nouvelles.
L'illustrateur: Jacques Ferrandez (né en 1955) mis en image plusieurs oeuvres littéraires, notamment de Marcel Pagnol et de Tonino Benacquista.

La nouvelle: un accident de voiture plonge Laurent Aubier dans le coma. A son réveil, il peine à remettre ses souvenirs en place. L'infirmière lui apprend alors que pendant son coma, il a beaucoup parlé, comme si son inconscient en profitant pour ouvrir la boite noire de ses souvenirs. Elle a tout noté, même le plus incohérent, dans un petit carnet, qu'elle lui remet. Laurent décide alors de comprendre d'où peut venir son charabia.
Avec un second degré toujours aussi appréciable, Benacquista excelle dans l'art de créer un rythme effréné. Droit à l'essentiel, et l'on a l'impression d'avoir lu un livre entier. Le personnage de Laurent est très attachant par son addiction à découvrir ce qu'il a pourtant toujours su. J'ai particulièrement aimé les recours aux drogues pour tenter de faire ressurgir d'autres souvenirs inconscients. N'y aurait-il pas une vague référence à une certaine madeleine, là-dessous?

La bande-dessinée: Là où cette bande-dessinée fait mouche, c'est qu'en bon scénariste, Benacquista sait laisser parler le visuel et les dessins de Ferrandez prennent leur juste place. Le texte et l'image ne se chevauchent donc pas, et l'on ne parle pas pour ne rien dire. L'usage du flou et de la miniature est particulièrement efficace lorsque les souvenirs reviennent par fragments et se confondent. Un visage apparu dès les premières pages trouve son écho dans de nombreuses cases avant d'être réellement élucidé. Parfaitement structurée, l'histoire se lit d'une traite: tantôt l'on retient son souffle, tantôt l'on sourit. Considérablement étoffé, le scénario est plus équilibré que la nouvelle, plus profond aussi.

La Note de Mélu:

Note_4

Un doublet que j'ai beaucoup apprécié.

la boite noire film

Le film: en 2005, Richard Berry adapte la nouvelle de Benacquista en un thriller psychoogique. Il confie le rôle principal à José Garcia. Lui que l’on voit souvent comme comique de service, fournit là une très belle performance d’acteur au bord de la dépression. Le rôle de l’infirmière est tenu par Marion Cotillard, toujours très charismatique. Cependant, il a fallu faire un film d’une heure trente à partir d’une nouvelle, et son rôle a été considérablement amplifié. Le tout, pas d’une manière toujours très compréhensible, puisqu’elle cumule plusieurs identités qui se téléscopent. Globalement d’ailleurs, j’ai trouvé que l’expansion de l’intrigue n’était pas très bien réussie. Le début du film est excellent, notamment pour les délires de Laurent devenu Arthur, et la mise en scène nous plonge habilement dans cet univers onirique oppressant et flou. Pourtant, à la longue, ça lasse. Tout le film se passe comme dans un rêve, avec ce que ça implique de langueur et de flottement. Sur l’intensité d’une nouvelle brève, ça passe; sur un film, un peu moins, et le manque de rythme de l’histoire qui finalement en revient toujours à la même ambiance et aux mêmes personnages m’a fait décrocher à de nombreuses reprises. De plus, la fin n’a rien de transcendant et j’ai eu une impression tenace de “tout ça pour ça”. Déçue, donc.