Grâce au film événement et ultra médiatisé de Tim Burton, 2010 aura été l'année Alice au pays des merveilles. Même les programmes scolaires s'y sont mis. Comme je n'ai pas pu y échapper, je vous présente donc cette fois-ci la version BD du roman de Lewis Caroll, ou plutôt les versions, car il se trouve que j'ai pu en confronter deux.

Alice_au_Pays_des_MerveillesLa première, mise en scène par Léah Moore, s'inscrit dans la plus pure tradition des représentations d'Alice. Très fidèle, elle nous présente une petite fille blonde en robe bleue, espiègle mais innocente. Notre blondinette se précipite dans le terrier du lapin blanc et entre dans un monde coloré au trait franc et réaliste. Car ce dessin reprends également le plus pure style des comics américains: c'est un véritable dessin animé, direct et rythmé, avec un petit côté art déco qui n'est pas pour me déplaire. Ainsi, la mise en page change dès que l'on rentre dans l'une des nombreuses chansons ou histoires contées par Alice ou un des personnages. Les couleurs sont vives, et l'iconographie reprend volontiers celle de Disney que nous avons tous en tête sans pour autant la copier (mais il faut dire que celle de Disney restait très proche de celle de Tenniel voulue par Carroll). Cette bande-dessinée nous happe donc très vite, et à la bonne idée de se poursuivre avec De l'autre côté du miroir dans un deuxième tome. Très fidèle, très plaisante, cette adaptation a donc tout pour plaire.

alice_au_pays_des_merveilles_BDLa seconde a bénéficié du battage médiatique apportée par le film de Burton. Les dessins sont de David Chauvel et le scénario de Xavier Collette. La première chose à noter: le dessin est totalement original. Aucun rapport avec les choix originaux ni avec ce que le cinéma nous proposait. C'est une Alice très personnelle que nous proposent les auteurs. Et si elle conserve son tablier et ses dentelles, son visage et ses collants rayés en feraient presque une petite poupée gothique. Et c'est peut-être là que ça blesse: si on a voulu proposer une version moderne d'Alice, pourquoi lui avoir laissé son tablier de soubrette? Ca m'échappe. Globalement, j'ai trouvé les dessins superbes, vraiment soignés. L'univers distordus colle parfaitement à l'onirisme de l'univers de Carroll. Mais je n'ai pas bien compris pourquoi il devait être si sombre. Pour le reste, la bande-dessinée est de très grande qualité. Cette bande-dessinée a d'ailleurs eu la bonne idée de réduire significativement la part de texte pour laisser parler les magnifiques images et franchement, c'est quand même la moindre des choses quand on passe à un medium visuel. Et ça marche! Le texte ne trahit pas l'intrigue, et, last but not least, il propose une bienheureuse tehcnique de traduction: plutôt que de reproduire des parodies de comptines anglaise qui ne nous évoquent rien du tout, le scénariste prend une comptine française et lui fait subir les distorsions du Pays des merveilles. Vous n'aviez jamais imaginé "Au clair de la lune" comme cela. Limpide. Il fallait y penser.
Merci à Anneso qui m'a prêté la seconde bande-dessinée et a permis cette confrontation!