peter_panL'auteur: James Matthew Barrie (1860-1937) est un écrivain écossais. C'était un personnage atypique, petit, maigre, à la démarche un peu enfantine. Autant d'éléments qui le rapprochent de son héros.

Le livre: chez Mr et Mrs Darling, les enfants se racontent de merveilleuses histoires avant d'aller se coucher: parfois, le soir, entre dans leur chambre le fameux Peter Pan, accompagné de sa petite fée Tinker Bell (surnommée Tink). Malgré ce que John, Wendy et Michael en ont dit à leurs parents, ceux-ci décident de sortir, un vendredi soir. Et au lieu de confier les enfants à Nana, la chienne qui leur sert de nurse, ils l'attachent dans le jardin. Peter en profite pour faire irruption dans la chambre. En un tour de main, il a convaincu Wendy et ses frères d'appendre à voler et de le suivre à Neverland. Il veut que Wendy s'occupe de lui et de tous les enfants perdus, leur raconte des histoires merveilleuses, en un mot: qu'elle soit leur mère.
Encore une lecture dans la langue de Shakespeare pour moi (d'où les noms propres que je vous donne en VO). Le principe de Peter Pan, tout le monde le connaît: ne pas grandir. C'est d'ailleurs une promesse que Wendy doit faire à Peter. Le roman de James M. Barrie confronte bien le monde des enfants et celui des adultes: dès le départ, c'est parce que Mr et Mrs Darling ne prennent pas assez au sérieux l'histoire de Peter Pan que les enfants disparaissent, lors d'une scène qui nous est racontée à la manière d'un enlèvement pur et simple. Tout le roman va alors transformer les jeux d'enfants les plus innocents en dangers mortels: les pirates tuent, les enfants perdus aussi. Loin de nous le pays merveilleux façon Disney où tout n'est que rire et aventures: lorsque pirates et sirènes ne sont plus "pour faire semblant" mais bien réels, le monde se fait grimaçant et sournoisement inquiétant. Pour couronner le tout, Peter Pan lui-même est moins une invitation à retrouver l'innocence de l'enfance qu'un bel exemple d'inconscience au stens strict du terme qui ne se soucie que de l'instant présent, négligeant soigneusement jusqu'à la seconde d'avant et celle d'après son geste, en passant par le nom de Wendy et ses propres aventures. Le dernier détail marquant est le rôle du narrateur, véritable conteur qui nous promène d'un bout à l'autre de son histoire, n'hésitant pas à nous raconter "ce qui se serait passé si...", donnant un rythme tout particulier et loin d'être désagréable à cette histoire. J'ai donc apprécié cette lecture qui a l'avantage, comme souvent avec les classiques jeunesse, de réintroduire dans la littérature pour enfant ce que Disney et l'imaginaire collectif prennent soin d'en ôter: cet aspect inquiétant, dérangeant, un peu moins féérique que prévu et presque trop trivial. Vive le retour aux sources!
Anneso a moins apprécié cette lecture que moi: "une partie de moi est restée à l'écart de ce récit". Allez lire son avis!

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