nicolas_livreL'auteur: René Goscinny (1926-1977) est un écrivain français et scénariste de bande-dessinée, puisqu'on lui doit notamment les aventures d'Astérix le gaulois, Iznogoud ainsi que des scénarii de Lucky Luke. Rien que ça!

L'illustrateur: et oui, car que seraient les aventure de Nicolas sans les dessins de Jean-Jacques Sempé (né en 1932). Il a notamment publié dans la presse avant de sortir ses propres albums.

Le livre: dans la vie de Nicolas, il y a sa maman, la plus belle bien sûr, même s'il la fait parfois enrager. Il y a son papa, qui a toujours des problèmes avec M. Moucheboume, son patron, et qui aime lire son journal dans son fauteuil en rentrant du travail. Il y a Le Bouillon, le surveillant, que l'on appelle comme ça parce qu'il dit toujours "Regardez moi bien dans les yeux" (et comme dans le bouillon, il y a des yeux... ). Il y a la maîtresse, qui est plutôt chouette même si elle donne beaucoup de punition et tape souvent avec sa règle sur son bureau pour faire taire les copains. Ah! Les copains! Il y a Alceste, qui est très gros parce qu'il mange tout le temps, alors forcément, il a toujours les mains pleines de beurre. Clotaire est le dernier de la classe, alors la maîtresse l'envoie souvent au coin quand il ne sait pas ses leçons, d'ailleurs parfois il ne répond pas et y va directement, pour gagner du temps. Le papa de Geoffroy gagne des tas et des tas d'argent et il lui achète toujours des choses terribles! Il y aussi Joachim, qui est terrible aux billes, et Eudes, qui est très fort et aime bien donner des coups de poing sur le nez. Et Agnan, qui n'est pas un vrai copain, on ne peut pas le taper parce qu'il a des lunettes, en plus c'est le chouchou de la maîtresse.

On ne peut pas ne pas aimer le petit Nicolas! C'est un classique, un indémodable, un plaisir de toujours auquel on ne résiste pas. Je possède quasiment l'intégrale, j'ai lu quatre ou cinq tomes et je ne me lasse pas de ces historiettes. De véritables histoires d'enfant, où on aime se bagarrer, faire semblant, jouer aux gendarmes et aux voleurs (sauf que personne ne veut être le voleur), bref: une vraie fraîcheur enfantine où les enfants courent dans les terrains vagues (au lieu de pianoter sur leurs consoles de jeu, suivez mon regard...). La recette du succès? Des personnages tous plus attachants les uns que les autres, un langage inimitable (la plume de Goscninny fait mouche à chaque fois), des petites situations burlesques qui parodient efficacement les situations les plus sérieuses de la vie enfantine (lorsque la maîtresse tape des tas de fois avec sa règle sur son bureau, ou encore lorsque le directeur entre: "Debout!" dit la maîtresse. "Assis!" dit le directeur), et surtout cette vision du monde à hauteur d'enfant où tout paraît "terrible!". Et bien sûr, comme toute bonne littérature de jeunesse, l'on peut lire ce livre à plusieurs niveaux, puisque de vrais problèmes sont échangés entre les parents, que le narrateur Nicolas entend sans comprendre et que le lecteur se délecte à décoder. Personne, à part peut-être Pagnol, n'a su aussi bien que Goscinny et Sempé rendre ainsi l'émerveillement de l'enfance.
Un épisode au hasard particulièrement savoureux? La partie d'échec entre Alceste et Nicolas, jeu calme d'intérieur proposé par le papa alors qu'il pleut, et qui devient bien plus drôle lorsque les blancs attaquent les noirs à coup de ballon de foot...

nicolasLe film: à l'occasion des cinquante ans du Petit Nicolas, en 2009, Laurent Tirard, Grégoire Vigneron et Alain Chabat proposent un film adapté du petit monde créé par René Goscinny. Pas simple de choisir, parmi toutes les mini-intrigues imaginées par l'auteur, ce qui figurera dans le film. Voici celle retenue: Nicolas (Maxime Godart) mène sa vie tranquille au milieu des bêtises de ses copains et des visites du directeur dans la classe. Mais un jour, il surprend une conversation entre ses parents (Kad Merad et Valérie Lemercier) qui lui fait penser qu'il aura bientôt un petit frère. Imaginant aussitôt être remplacé et abandonné dans la forêt comme le Petit Poucet, il imagine des stratagèmes pour convaincre ses parents de le garder, puis pour se débarrasser de l'intrus.

Commençons par le positif: j'ai trouvé la maîtresse drôlement réussie! Sandrine Kiberlain incarne une jolie maîtresse à la fois fragile comme une image des années 50, sévère et pleine de tendresse pour ses petits élèves. Tout comme Louise Bourgoin, qui fait une apparition en fleuriste idéalisée qui finit les quatre fers en l'air dans ses roses. Tous les copains sont réussis, à la fois pétillants et bourrés de défauts, et rendent les scènes de classe et de bêtises savoureuses. J'ai littéralement craqué sur Clotaire (Victor Carles) et Geoffroy (Charles Vaillant), et surtout sur Agnan, (Damien Ferdel) qui prend une gifle anonyme dès qu'il enlève ses lunettes à la visite médicale (une occasion ne se rate pas!). Les enfants sont donc tous bon... sauf Nicolas! Insipide et noyé par le rayonnement des autres jeunes comédiens, il perd complètement son premier rôle et ne tient pas du tout le haut de l'affiche (et ça se voit sur l'affiche elle-même, d'ailleurs). Très décevant. Mais le pire a été l'ajout d'un rôle conséquent pour les parents, qui ont des scènes complètes en l'absence de leur fils, leurs propres gags qui ne riment à rien à part à crier qu'on a recruté deux comiques à la mode pour épater la galerie, pour faire un film drôle. On a donc un Kad Merad, une Valérie Lermercier, mais certainement pas un papa et une maman pour Nicolas.

Globalement, j'ai donc été un peu déçue par ce film, malgré de gros efforts de faits et une bande-son par Renan Luce qui a de quoi séduire. Un gros coup marketting à la française, donc, mais qui ne fait pas honneur à Goscinny.