Cette semaine, je vous présente quelque chose d'à la fois classique et pourtant mal connu: John Everett Millais (1829-1896) est un peintre britannique rattaché au mouvement préraphaélite. Ce tableau s'intitule Ophélie.
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ophelie

Commençons par raconter l'histoire de cette femme allongée dans l'eau. Ophélie est un personnage de la tragédie de Shakespeare, Hamlet. Le héros, entraîné par sa folie, l'éconduit avant leur mariage. Ophélie s'enfuit, et on la retrouve noyée dans un ruisseau. Ce personnage a fait l'objet d'un nombre impressionnant de représentation. Ici, on la voit probablement déjà morte, puisqu'elle semble flotter, se laisser porter par le courant sans se débattre. Le regard vide, la bouche entrouverte, le milieu du corps qui commence déjà à s'enfoncer, les mains inertes qui relâchent doucement les fleurs qu'elle cueillaient probablement au moment de sa chute dans l'eau... c'est bien un cadavre, encore romantique et pathétique, que Millais a peint, même si son abandon et le calme de la scène semble suggérer que la belle est seulement endormie. Autour d'elle, une nature luxuriante l'accueille, Ophélie semble d'ailleurs emportée par le courant dans un tunnel de verdure. L'harmonie des couleurs vise d'ailleurs à fondre doucement Ophélie dans la nature qui l'environne: le teint, la robe tendent vers le vert profond. Ce tableau est profondément romantique par la vision de la nature qu'elle offre: à la fois belle, accueillante, véritable cocon de verdure, et sauvage, assez brouillonne, dangereuse, puisque c'est dans ces eaux qui semblent calmes qu'Ophélie s'est noyée. L'ambiguïté de ce tableau me séduit, il s'en dégage une poésie toute particulière.

Et vous? Vous aimez?