Retour dans l'art moderne, cette semaine, avec Henri Matisse (1859-1964). Ce Niçois, grand rival et ami de Picasso, était le chef de fil du fauvisme, un mouvement qui se caractérise notamment par son travail sur les couleurs. Aujourd'hui un grand classique encore, issu de la série Jazz et intitulé Icare (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

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Avec la série Jazz,  Matisse expérimente une nouvelle technique de peinture. En effet, après son hospitalisation pour son cancer, l'artiste ne peut plus voyager à la recherche de son inspiration. Il s'attaque alors aux gouaches découpées: il étale la couleur avant d'y délimiter une forme, dans une nouvelle recherche de matériaux et de couleurs. Et ici, c'est Icare qu'il va représenter. Icare, rappelez-vous: fils de l'architecte Dédale, qui créa pour lui une paire d'aile pour qu'il puisse voler comme un oiseau. Seule recommandation: les ailes sont fixées à la cire, il ne faut donc pas qu'Icare s'approche trop du soleil, sous peine de les voire fondre. Mais grisé par le vol, Icare oublie la recommandation et vole toujours plus haut... Lorsque ses ailes se détache, il est précipité dans la mer. Ici d'ailleurs, Icare n'a plus d'aile, n'est qu'une silhouette anonyme, un simple mortel. Autour de lui, le ciel étoilé, surprenant puisqu'Icare est supposé tomber en plein soleil. Ou peut-être sont-ce justement de petits soleils démultipliés, omniprésents. Quoi qu'il en soit, Icare est perdu dans cette immensité bleue, ses bras écartés comme s'il volait encore. Mais le travail essentiel de cette oeuvre réside dans les couleurs: le contraste entre le bleu roi, le noir de la silhouette, le jaune éclatant des soleils, crée une harmonie que je trouve toujours aussi fascinante, à la fois très vive et profondément glaciale. Et ce point rouge au milieu, me direz-vous? Je dirais que ce point rouge est le coeur d'Icare, ce coeur trop ambitieux, trop enflammé, trop orgueilleux, qui cause justement sa perte, seul indice qu'Icare est encore en vie. Centre de gravité du tableau, la manière dont il se détache sur le noir de la silhouette m'a toujours paru un peu inquiétante, là où le reste des couleurs donne une atmosphère sereine, comme si Icare planait encore au lieu de tomber, comme si la catastrophe n'avait pas encore été réalisée dans sa pleine mesure...
Je pourrais interpréter ce tableau pendant des heures.

Alors? que pensez-vous de Matisse?