la_guerre_des_mondesL'auteur: H. G. Wells a déjà fait un passage-éclair au tout début de mon blog, qui me rappelle à quel point j'ai progressé dans la rédaction de mes critiques (comparez en cliquant ici).

Le livre: Nous sommes en Angleterre à la fin du XIXème siècle. Les habitants de la planète Terre ne s'inquiètent pas tout de suite lorsqu'ils aperçoivent d'étranges lumières émises depuis la planète Mars. Ils devraient pourtant: il apparaît clair que Mars étant une planète plus ancienne de la Terre, elle est sur le point de mourir, et que ses habitants vont devoir chercher un nouveau foyer. Lorsque des cylindres métalliques s'écrasent sur Terre, là encore, pas de panique. Et pourtant ce n'est que la première étape de l'invasion, puisque les Martiens sortent vite des armes meurtrières et construisent des engins à une vitesse inquiétante.
Soyons honnête: ce livre a vieilli, et il faut le remettre en contexte. Aujourd'hui, l'invasion de la Terre par les Martiens apparaît davantage comme une grosse blague. Mais pour l'époque, il faut avouer que la manière dont est conçue la théorie de l'invasion est rigoureusement bien construite et argumentée. L'action et le rythme ne sont pas la priorité de l'auteur, et cela peut créer des longueurs un peu agaçantes et une impression qu'il ne se passe pas grand chose. En réalité, c'est davantage l'impression d'impuissance et de passivité des humains que j'ai ressenti, notamment rendue par le ton de témoignage après-coup, de commentaire réalisé à froid des événements. A la manière d'un journaliste qui commente des événements lointains avec froideur, le narrateur nous raconte l'invasion en même temps qu'il nous l'explique. S'il n'est pas toujours heureux du point de vue de l'intensité dramatique, ce choix narratif a le don de créer un malaise diffus qui ne m'a pas quitté, depuis la tranquille assurance des humains qui contraste avec ce qu'annoncent les journaux, jusqu'à la découverte des paysages calcinés et des squelettes décharnés après le passage des Martiens. On a beaucoup progressé en matière de science-fiction depuis, certes mais les leçons sur la supériorité de l'homme et la fragilité de notre société face à l'ennemi même s'il paraît inférieur, face à la psychose collective, sonnent juste. J'ai donc apprécié cette lecture, même si je n'ai pas pu m'empêcher de me demander ce qu'avait bien pu en faire Steven Spielberg et Tom Cruise, adeptes des films d'action survoltés et d'effets spéciaux couteux, et surtout en me rendant compte que le burlesque Mars Attacks! de Tim Burton n'est qu'une parodie grinçante mais extrêmement  bien réussie de ce roman, en gardant à la fois l'horreur inquiétante et le ridicule de ces extra-terrestres.

TheWarOfTheWorldsLe film: en 2004, le monument du cinéma Steven Spielberg décide d'adapter le non moins monumental roman d'H. G. Wells. En tête d'affiche: Tom Cruise. Pour lui faire de la place, on invente un personnage: celui de Ray Ferrier, père divorcé qui peine à trouver sa légitimité auprès de ses enfants, Robbie (Justin Chatwin), ado révolté et Rachel (Dakota Fanning), dix ans et une belle maturité face à son père un peu dépassé. Mettons les choses au clair: je ne suis pas fan de Tom Cruise. Ici, le côté drame sentimental et familial mis à part, je l'ai trouvé plutôt bon: certes, il est tout à fait à sa place dans un film d'action catastrophe qui explose de tous côtés, mais il est surtout très convaincant en homme qui ne comprend rien de ce qui lui arrive, qui reste en état de choc tout le long du film et qui s'accroche désespérément au seul objectif de protéger ses enfants. Car mis à part l'introduction de ces héros, le film suit rigoureusement le livre: d'étranges véhicules s'écrasent sur terre, et bientôt les monstrueux tripodes de métal surgissent et tuent tous ceux qui passent à leur portée. Une seul intrigue: la fuite. Et en cela, le film est très bien réussi. Il ménage à merveille l'incompréhension, l'ignorance que les hommes ont de ce qui leur arrive. On a heureusement supprimé le côté kitch de l'invasion martienne pour rester à hauteur de victime. Jamais la machine monstrueuse ne devient le personnage principal: on l'entrevoit d'en-dessous, on la devine à travers les écrans de fumées qu'elle provoque, on en aperçoit la silhouette au loin ou on la voit sur les vidéos des témoins. Elle n'est vue qu'indirectement et c'est surtout l'angoisse et l'incompréhension qui structurent l'intrigue. Très efficace, ce choix de mise en scène permet de ne pas se satisfaire d'un film à grand spectacle et à gros effets spéciaux (même si l'on ne s'en est pas privé de ce côté-là). On a aussi particulièrement bien rendu les effets de foule, de fuite massive, de véritables exodes relatés dans le livre.

Vous l'aurez compris: j'ai aimé, je ne me suis pas ennuyée une seconde, le film a des qualités esthétiques indéniables et les comédiens tiennent la route, en particulier la petite Dakota Fanning qui m'a bluffée.

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