Cette semaine, je vous propose un grand maître de la peinture hollandaise: Rembrandt (1606-1669). Très connu pour ses autoportraits, ou encore La leçon d'anatomie, je vous ai réservé un tableau un peu moins connu mais non moins intéressant: Le philosophe en méditation (cliquez sur l'image pour agrandir).

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Caché au fond du tableau, le philosophe pense. Mains croisés sur son ventre en une attitude extrêmement statique, il attire le regard alors que tout le mouvement du tableau réside ailleurs. Tout d'abord, dans cet homme, visiblement une sorte de serviteur qui attise le feu, créant une impression d'intimité, de familiarité, de prosaïsme qui tranche avec l'austère sagesse qu'inspire la barbe blanche du philosophe. D'ailleurs, ce second personnage nous rappelle l'importance de la lumière: plus encore que chez Vermeer, c'est elle qui structure le tableau en décidant de ce qu'elle montre et de ce qu'elle ne montre pas. Toute la partie gauche du tableau n'est pas laissée dans l'ombre mais bien dans le noir, comme si l'image elle-même se déportait sur la droite. Cette étonnante perspective, comme de biais, donne une sorte de mouvement au tableau qui, là encore, contredit la tranquille placidité du personnage qui lui donne son titre. Où est donc ce mouvement? Mais oui, vous ne pouvez pas le rater: ce monstrueux escalier qui occupe presque la moitié de la toile est bien le personnage principal du tableau, bien plus présent que l'homme lui-même. Là où les premières marches sont exactement en face de la fenêtre et de sa lumière dorée, l'obscurité s'installe peu à peu, comme si le regard était entraîné dans les méandres sombres d'une élévation mystérieuse. D'ailleurs, la lumière nous indique clairement un plancher de premier étage, presque trop nettement visible: il y a quelque chose là-haut. Alors, comment interpréter cet escalier tourbillonnant vers le haut? Symbole de l'élévation spirituelle et de la plongée en soi qui passe par la méditation? A vous de voir. En tout cas, cet escalier n'a pas fini de susciter cette sorte de curiosité nostalgique, à la fois familière et inconnue.

Alors? Conquis?