Un secret
L'auteur: Philippe Grimbert (né en 1948) est romancier mais aussi psychanalyste. Il a reçu le Goncourt des Lycéens pour le livre dont je parle aujourd'hui.
Le livre: un narrateur évoque ses blessures d'enfance. Sa solitude d'abord: il s'invente un frère, un grand frère avec lequel il joue et se bat. Puis son nom: transformé, il a occulté un "n" par un "m", un "g" par un "t". Enfin, sa santé fragile: maigre, chétif, un gros creux sous le plexus, il ne trouve pas la fierté dans le regard de ses parents, tous deux grands athlètes. Peu à peu, des traces se manifestent d'un passé dont il n'a pas conscience: un chien en peluche trouvé dans le grenier, une circoncision injustifiée, de surprenantes réactions de son père devant des films sur la Shoah. C'est Louise, sa voisine et confidente, qui va tomber le masque et lui révéler le secret que cachent ses parents.
Quel plaisir d'ouvrir un livre et de ne pas pouvoir s'arrêter avant de l'avoir refermé! Ce récit à la première personne où le narrateur se confond volontiers avec l'auteur dissimule tout et se révèle lui-même peu à peu au lecteur. Rien ne laisse présager, en ouvrant ce livre, que nous allons lire une histoire concentrationnaire. Mais en est-ce vraiment une? C'est aussi un récit d'enfance, dans les règles de l'art de l'autobiographie: le psychanalyste étudie et questionne l'enfant qu'il était, le fantôme de ce frère plus tellement imaginaire qui va en convoquer tant d'autres et qui va relier la petite histoire et la grande Histoire. Cependant, le ton analytique n'est pas synonyme de froideur: l'émotion tombe juste, le tragique aussi, le tout associé d'une grande pudeur et retenue. Le lecteur est doublement sollicité dans ce livre: le ton, volontiers allusif, l'oblige à déduire et reconstituer l'histoire qu'il lit alors qu'il la connaît par cœur, l'ayant lue dans tous ses cours d'histoire.
Enfin, ce livre achève de me convaincre qu'il émerge aujourd'hui une véritable littérature post-concentrationnaire, représentée par Art Spiegelman et Bernhard Schlink entre autre, qui pose de nouvelles questions: nous qui n'avons pas connu l'horreur, comment se situer par rapport à nos parents directs, nos proches qui eux, l'ont vécu?
Un petit chef-d'oeuvre à ne pas manquer.











