calamity_JaneL'auteur: Calamity Jane (1856-1903) est née Martha Jane Cannary. Orpheline à quinze ans, elle commence une vie aventureuse, s'habille en homme, devient éclaireuse en territoire indien et excelle au tir. Elle aurait épousé une autre grande figure de l'Ouest américain, Wild Bill, devant un pasteur et sans aucune trace, et aurait eu une fille, Janey Hickok. Comme il plane un grand mystère sur sa vie, qu'elle a elle-même entretenu par de nombreux mensonges, je maintiens l'usage du conditionnel.

Le livre: Calamity Jane a laissé sa fille aux soins de Jim O'Neil et de son épouse. Mais pendant vingt-cinq ans, elle écrit des lettres adressées à sa petite fille, sans les lui envoyer, pour les lui remettre plus tard. Elle tient à y raconter les véritables origines de son enfant, à commencer par sa propre jeunesse. Son surnom de Calamity Jane lui a été donné par un capitaine qu'elle sauva pendant une attaque des sioux. Aventurière, tour à tour éclaireuse, conductrice de diligence ou infirmière, c'est une Calamity Jane sensible et déterminée qui se raconte, qui n'hésite pas à venir en aide aux autres en sachant très bien qu'elle n'en retirera que de l'ingratitude, et qui malgré son incapacité à écrire lisiblement et son apprentissage très tardif de la lecture, tient à livrer à sa fille ce témoignage sur sa véritable nature, elle qui a si souvent entendu et propager des rumeurs sur son propre compte.
L'authenticité de ces lettres a souvent été remise en cause par les historiens. Calamity Jane reste donc un mythe, avec une part de fiction qui vient prolonger la réalité. Cet aspect maternel est aussi un prétexte pour découvrir la vie de l'héroïne des plaines, mais aussi des témoignages sur la conquête de l'Ouest. Ainsi, celle qui était la seule femme blanche à pouvoir entrer vivante sur le territoires indiens dans sa jeunesse, s'occupera aussi de nombreux enfants en les faisant passer pour les siens, sera actrice dans un de ces spectacles qui commémore la conquête et finira aveugle, voulant coûte que coûte écrire à sa fille jusque dans ses derniers instants. Plus que l'histoire réelle, ce sont les questions que soulèvent le livre qui m'ont intéressé. Calamity Jane est un mythe de son vivant, et s'applique elle-même à raconter beaucoup de choses fausses sur sa vie. Mais où s'arrête la vie personnelle et où commence le mythe, lorsqu'on s'est soi-même construit une figure d'insaisissable? Ce que craint la Calamity Jane de ces lettres, sans même tenir à révéler leur filiation, c'est que sa fille la pense légère, cruelle, dangereuse, alors qu'elle est tout autre. Et j'ai été très touchée par cet aspect du livre. Très touchée.