le diable s'habille en prada L’auteur: Lauren Weisberger (née en 1977) a beaucoup voyagé avant de décrocher son premier emploi: assistante de la rédactrice en chef du magazine Vogue.

Le livre: tout juste sortie de l’université, Andrea Sachs décroche un travail surprenant: assistante de Miranda Priestly, la grande prêtresse de la mode, la rédactrice en chef du magazine Runway. Même si Andrea souhaite écrire dans des ouvrages moins futiles, cela lui fera toujours de l’expérience: elle fonce. Et très bientôt, la voilà devenue l’esclave personnelle d’une célébrité mondiale, imbuvable, capricieuse, dont elle doit être à la merci vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et même lire dans ses pensées pour anticiper ses moindres désirs.

Un de mes premiers pas dans la Chick-litt, complètement par hasard: par malheur, lors d’un séjour en famille, je n’avais pas emmené assez de livre pour combler les huit heures de route aller-retour. Dans une station service, ce livre m’a fait de l’oeil par son aspect “je-ne-demande-pas-un-grand-effort-et-je-suis-un-best-seller-donc-il-faut-m’essaye-pour-pouvoir-me-critiquer”. Emballez, c’est pesé… et bien pas tant que ça. D’abord, c’est long. Elle en mets du temps à arriver, cette diablesse de Miranda, je n’en finissais plus de l’attendre. Qu’est-ce qu’on s’en fiche de savoir qu’avant Andrea a attrapé une dysenterie carabinée en revenant d’Inde! Juste pour faire de l’humour de bas étage? Ouais bof… De plus, comme beaucoup de lecteurs, j’ai été lassée de cette débauche de marques citées à tout bout de champ (a-t-elle besoin de les répéter à toutes les pages?) mais surtout de cette obsession de décrire absolument tout ce que portent les gens même quand ça n’a aucune espèce de signification. Il est évident que les lectrices veulent savoir ce que porte le personnage plutôt que la suite de l’histoire. De la même manière, de nombreux passages m’ont semblé des pièces rapportées qui apportaient peu à l’histoire. La deuxième partie du roman m’a semblé mieux réussie: Miranda est délectable de cruauté, et l’entourage de l’héroïne commence (enfin!) à se poser des questions sur ce rythme de vie abominable que subit Andrea. Un questionnement sur les limites humaines et sociales que peut comporter l’engagement dans un travail exigeant et prometteur. Je l’ai lu, c’est vraiment girly à souhait, mais je n’en garderai pas un souvenir impérissable.

Je vous recommande l’analyse qu’en fait Daniel Fattore, qui a plus de patience que moi pour décrypter ce phénomène de société.

00793522_photo_affiche_le_diable_s_habille_en_pradaLe film: ça n'a pas traîné! Dès 2005, le livre attire l'attention du septième art et c'est David Frankel qui se charge de le porter à l'écran. La jeune narratrice un peu godiche qui devient malgré elle une spécialiste ès fashion est incarnée par Anne Hathaway. Globalement, j'apprécie cette actrice mais je dois dire que dans ce film, je l'ai trouvée assez transparente, assez plate, et moins attachante que prévu. Mais bon, soyons honnête, la star du film c'est sans conteste la grande Meryl Streep. Pour l'avoir vue récemment dans Mamma Mia! en ex-hippie échevelée, je peux mesurer l'étendue de son talent. Toute en élégance, en retenue, avec une voix à peine audible et sans jamais se départir de son flegme, elle n'en est que plus cruelle. Dans son ensemble, le film est assez sympathique: les modifications de l'histoire visent à la simplifier, à la radicaliser. Emily, par exemple, l'autre assistante de Miranda, devient la rivale glaciale d'Andrea, alors que dans le livre les deux femmes étaient volontiers complices. On tombe donc dans le cliché du vilain petit canard plongé dans un monde hostile sans exception et qui va amadouer son entourage grâce à ses seules qualités humaines. La conclusion du film a également été changée dans ce sens puisque Miranda elle-même perd un peu de sa cruauté, alors que la livre la maintient dans le rôle du Diable jusqu'au bout. J'ai donc appécié que le film se défasse de ces pseudo-drames personnels et existentiels pour rester dans la légèreté qu'impose le genre, mais j'aurais aimé que Miranda reste Miranda. La mise en scène est efficace, les scènes se succèdent à toute vitesse, on ne fait que courir dans ce film et je ne me suis pas ennuyée. Et si comme moi vous ne savez pas reconnaître une paire de Jimmy Choo ou une veste Chanel au premier coup d'œil, vous ne serez pas écoeurés par la débauche de marques et ne verrez que l'éclat des beaux vêtements que personne ne porte au bureau à part ceux qui en connaissent la marque. Second degré donc, légèreté et bonne humeur: j'ai passé un bon moment avec ce film, qui n'est certes pas un chef-d'œuvre du septième art, mais qui tient toutes ses promesses.

lunettes_noires