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Lettre “Z”

L’auteur: Emile Zola a déjà été présenté il n’y a pas très longtemps pour son roman Thérèse Raquin.

Le livre: Aux Variétés, une jeune comédienne de dix-huit ans affole le tout Paris. Tout le monde est unanime: elle chante faux, ne sait ni jouer la comédie ni même se tenir sur scène. Mais Nana, qui incarne le rôle de Vénus, a d’autres atouts: sa chair blonde et ses petits coups de hanche suffisent à mettre tous les hommes dans tous leurs états. La belle société parisienne se bouscule à la porte de sa chambre, et elle ouvre son lit selon son bon vouloir. Même le comte Muffat, si distingué et froid, succombe. Du plus haut de son succès, elle tombe au plus bas, la rue, la prostitution, la violence. Avec son sens de l’honneur et de la féminité très particulier, Nana se bat pour une chose: faire ce qu’elle veut.

J’ai mis du temps à arriver au bout de ce roman, mais je ne le regrette pas. Nana est un personnage étonnant. On ne sait pas si l’on doit la détester ou se laisser attendrir. Nana est une fille entretenue qui ne veut que de l’argent et couche avec tous les hommes qui lui plaisent (ou pas). Elle affiche sa popularité jusque dans les salons mondains, alors que tout le monde sait sur quoi elle est fondée. Mais son credo reste inchangé: elle ne réclame rien, elle n’a jamais demandé à ce que les hommes se pendent à ses jupes, elle ne les a pas forcé à délaisser leurs épouses. C’est d’ailleurs lorsque Nana commence à être trop gourmande d’argent que tout se précipite et s’affole. La langue de Zola, retenue au début du roman comme si l’on craignait de nommer les choses telles qu’elles sont, devient de plus en plus hardie au fur et à mesure que la réelle nature de Nana s’affirme. Mais ce qui m’a surtout marqué chez Nana, c’est que derrière son comportement dissolue, elle revendique avant tout sa liberté. Souvent réapparaissent des principes inattendus: elle se refuse ainsi à un homme parce qu’elle fréquente déjà son meilleur ami, ce qui serait une horrible trahison à ses yeux; elle refuse de réclamer de l’argent aux hommes, ils doivent proposer d’eux-mêmes. Nana est-elle vraiment la plus blâmable? Après tout, la comtesse Muffat multiplie les amants elle aussi, et lorsque son mari l’apprend, lui qui gratte à la porte de Nana, sa réaction d’homme blessé est plus révoltante que la moindre des frasques de sa cocotte.

Une critique acerbe de la société désabusée et corrompue du second empire. Un très bon moment de lecture.