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Lettre “J”

L’auteur: Thierry Jonquet (1954-2009) a travaillé comme instituteur notamment avec des sections d’éducation spécialisées. Auteur de nombreux romans noirs, il a reçu plusieurs trophées et prix de la critique.

Le livre: Plusieurs histoires se mêlent. Anna Doblinsky, fraiche émoulue de l’IUFM, est parachutée pour son premier poste au collège Pierre de Ronsard à Certigny, département du 93. Adrien Rochas étudie scrupuleusement l’anatomie du cou, au grand désespoir de sa mère: il porte des vêtements à clous, parle de Forces Supérieures auxquelles il doit obéir et a déjà égorgé le chien et le chat de la maison. Le substitut du procureur et la police surveillent de près les organisations rigoureuses de trafic de drogue et de prostitution. Le décor est planté: nous sommes en septembre 2005. Dans la classe d’Anna s’affrontent Moussa, le grand Noir au casier déjà lourd, et Lakdar, jeune beur brillant mais qui a perdu l’usage de sa main à la suite d’une erreur aux urgences. Et tout cela s’exacerbe au son des appels au Djihad que les jeunes voient à la télévision et de l’antisémitisme des élèves véhiculé par ce qu’ils entendent sur le conflit israélo-palestinien.

J’avoue que j’ai eu un peu de mal à comprendre où l’auteur voulait en venir. Le fil narratif est bien secondaire par rapport à la description d’une banlieue parisienne qui vole en éclat à la première occasion. Veut-il stigmatiser les gens de cette banlieue? Faire peur aux gens? Dénoncer quelque chose? mais quoi? Je n’aime pas trop lorsqu’on véhicule des choses (certes vraies) qui dérivent trop facilement sur des clichés et des stigmatisations: le lecteur manque parfois de discernement sur des choses si réalistes, si pessimistes et si biaisées par tout ce qu’il voit tous les jours à la télévision. Voici ce que j’en ai retenu: au niveau de la société, on nous montre des psychiatres et des médecins débordés face à des enfants livrés à eux-mêmes, et au niveau du collège, une administration qui se cache et qui nie plutôt que de taper du poing sur la table pour avoir les moyens de travailler avec les jeunes (impossible de mettre en place une rééducation pour le jeune Lakdar et sa main droite paralysée). Lors de l’incendie du gymnase, certains veulent exercer leur droit de retrait: sans succès, on fera cours, comme d’habitude, pour ne pas faire trop de vague. Pour moi, ce n’est pas un livre à mettre entre toutes les mains, tant il peut accentuer des psychoses, et faciliter des raccourcis sur les jeunes délinquants, les professeurs incompétents et les flics trouillards, alors que Jonquet veut surtout montrer l’absence de ceux qui décident à la tête du pays. Plus ténus, je retiens ce qui ne saute pas aux yeux mais qui a son importance: le meurtrier, le seul qui coupe une tête pour de vrai et qui provoque l’émoi dans la ville, c’est un petit blanc de bonne famille. Il y a ça aussi.

Notez que le titre est un vers de Victor Hugo, évoquant les insurgés de la Commune de Paris.