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Lettre "E"


L'auteur: Claire Etcherelli (née en 1934) a d'abord été ouvrière en usine, puis écrivaine très engagée pendant la guerre d'Algérie. Elle a également été secrétaire de la revue Les Temps modernes.

Le livre: Elise vit en Province avec une grand-mère qui l'a élevée et un frère qu'elle vénère, Lucien. Lorsque Lucien, qui a tout abandonné pour aller militer à Paris pour que commence "la vraie vie", l'invite à le rejoindre, elle n'hésite pas longtemps. Il lui trouve un emploi dans une usine de voiture, où elle est chargée de contrôler les pièces qui défilent sur le chaîne de montage. Avec elle travaille avec beaucoup d'Algériens: là-bas, la guerre fait rage, tue, et le racisme est omniprésent en France. Parmi les Algériens de l'usine, Arezki.
La claque! J'ai terminé ce livre ce matin entre deux cours en salle des professeurs, hier il m'a fait rallumer la lumière tellement j'avais du mal à le lâcher. Il y avait longtemps qu'un livre ne m'avait pas fait cet effet-là. Et pourtant, j'avais toujours trouvé son titre complètement nunuche.
Dès les premiers mots, la douleur d'une vie évoquée avec pudeur et émotion m'ont tout de suite intriguée: "Surtout ne pas penser". J'ai immédiatement détesté Lucien, cet enfant pour qui sa soeur se sacrifie, qui se marie sans qu'on comprenne bien pourquoi, chez qui l'on devine une souffrance sans qu'il soit capable de la partager malgré l'amour inconditionnel que lui porte sa soeur. Elise, c'est en effet l'absence de vie pour elle-même, dévouée à sa famille, qui se laisse conduire, jusqu'à sa rencontre avec les arabes et Arezki en particulier. La vie à l'usine, épuisante, le travail où les relations humaines n'entrent pas en ligne de compte, sont décrits avec justesse mais aussi avec retenue, pudeur, sans grands éclats. La langue est simple et directe. Le racisme d'une France qui vit très mal la guerre d'Algérie, les rafles policières, le danger permanent sont si prenants que le topos de l'histoire d'amour impossible qui vient se greffer là-dessus ne semble même pas réchauffé. Pas un "je t'aime" ne sera échangé, mais la tension de l'un vers l'autre est palpable, seule oasis dans une vie sans issue.
Seul le personnage d'Arezki m'a déçu pendant le roman, tant il reste insaisissable, mystérieux, lui qui réagit à peine devant les rafles et le racisme dont il est victime: il n'est finalement personne, n'existe aux yeux du monde que par sa relation avec Elise, et disparaît comme il est venu. Il n'en est que sublimé.
Politique, sentiment, société, famille, il y a tout dans ce roman. J'en reste encore abasourdie. Lili Galipette parle d'un roman qui l'avait "fait trembler", 4nn3 elle sur son blog "Lenendi Tempus" souligne que ce roman n'a pas vraiment vieilli.
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