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Lettre "Q" (la dernière!)

L'auteur: Raymond Queneau (1903-1976) est romancier, poète, dramaturge, mathématicien, co-fondateur de l'Oulipo et entre autre auteur du si célèbre Zazie dans le métro, des non moins célèbres Exercices de style. Ses errances et jeux avec la littérature sous toutes ses formes en font un personnage qui m'a toujours été sympathique. On lui doit également le S+7, réécriture d'un texte en remplaçant chaque mot par le septième qui le suit dans le dictionnaire. Que d'imagination...

Le livre: Un apologue chinois dit que Tchouang-tseu se demande si c'est lui qui rêve qu'il est un papillon ou si c'est le papillon qui rêve qu'il est Tchouang-tseu. Dans ce roman, c'est le même principe: Cidrolin, sur sa péniche, rêve-t-il qu'il est le duc d'Auge ou le duc d'Auge rêve-t-il qu'il est Cidrolin? Les deux histoires s'entremêlent étroitement. Cidrolin marie sa fille, recrute une jeune fille pour s'occuper du ménage et repeint inlassablement par-dessus les graffitis insultants qui fleurissent chaque nuit sur sa barrière. Le duc d'Auge converse avec son cheval Démo, qu'il appelle Sthène, et qui parle (oui oui).
Lecteur fénéant s'abstenir: les deux niveaux se mélangent en permanence. De plus, le duc d'Auge, personnage médiéval qui semble se promener sans vergogne dans les différentes époques puisqu'il évoque indifféremment Gille de Rais et la révolution, et les nombreux anachronismes dont son histoire est truffée rendent la chose encore plus compliquée.  Les nombreuses similitudes entre Cidrolin et le duc (qui ont chacun trois filles par exemple) n'arrangent rien. Moi, je me suis amusée. J'ai vite abandonné l'idée de suivre toutes les subtilités des deux histoires pour me concentrer sur les sauts de l'une à l'autre, sur les micro-histoires qui semblent se succéder sans lien les uns avec les autres (le duc veut prouver l'existence d'êtres humains préadamiques à un abbé, rien que ça!) et sur la langue de Queneau si joussive, si érudite et si populaire en même temps. On retrouve toute la saveur de l'auteur de Zazie, comme lorsqu'il écrit à propos des deux chevaux bavards: "Sténstu et stéfoci" (comprendre : "Sthène se tut et Stèphe aussi"). On est pas loin du fameux  "Doukipudonktan" . Le détournement du lexique, les onomatopées, Queneau est décidément un orfèvre de la langue française.
Il y a quand même une histoire, qui se résoud à la fin. Mais j'ai lu ce livre pour le plaisir du style. Et ne me demandez pas d'expliquer le titre.

Et c'est avec ce billet et ce roman que je met le point final à mon Challenge ABC 2009! Et je n'en suis pas peu fière! Vous pouvez retrouver la liste des livres critiqués dans le cadre de ce challenge en cliquant sur le petit logo qui introduit l'article. Rendez-vous en 2010!