yacoubianConstruit en 1934 par le millionnaire Yacoubian, l'immeuble qui porte son nom est au départ un chef d'oeuvre d'opulence offert à la ville du Caire. Mais profondément affectée par la révolution nassérienne, il abrite au début du XXIème siècle une population disparate, tantôt de riches politiciens, tantôt des pauvres qui investissent les locaux du toit de l'immeuble, appelé la Terrasse. Se croisent dans son escalier Zaki Dessouki, nostalgique de sa jeunesse dans la classe dominante, que sa soeur Daoulet veut expluser hors de leur appartement et qui ne compte que sur son domestique Abashakaroun ; Abashakaroun qui justement, avec son frère Malak, tailleur, veut installer un atelier sur la Terrasse, fruit de combines plus ou moins claires; parmi ces combines, envoyer Boussaïna Sayyed afin de faire signer un acte permettant de récupérer son appartement; Boussaïna, petite amie de Taha Chazli, habitante pauvre et orpheline de père, confrontée à la dure réalité des patrons qui lui font des avances et qui la renvoient quand elle se refuse; Taha Chazli, étudiant brillant qui rève de devenir officier de police mais à qui l'on refuse l'entrée car son père est concierge, et qui trouve réconfort auprès des islamistes; et puis aussi Hatem Rachid, le journaliste homosexuel, et le Hadj Azzam, homme d'affaire qui vise un siège de député et qui prend en secret une seconde épouse...

Vous le voyez, le roman est constitué d'une multitude de petites intrigues qui s'entremêlent et se démêlent, mais toutes ont en commun l'archaïsme d'une société qui ne se remet pas de ses blessures, où la corruption gangrène la politique et où l'intégrisme recueille les déçus. Il faut s'accrocher un peu au début et sur les passages expliquant la situation politique et sociale, parce qu'ils peuvent lasser. Mais les personnages sont tous plus attachants et plus poignants les uns que les autres. Particulièrement Taha, le brillant intellectuel devenu bras armé du Djihad, et Hatem, qui ne demande après tout que de l'amour... Le roman est très clair et des notes expliquent les références culturelles, les nuances de l'Islam et de la politique égyptienne afin de ne pas faire trop d'amalgames. J'ai beaucoup aimé.

 

L'auteur: Alaa El Aswany (né en 1957) est issue d'une famille d'intellectuels égyptiens, fait ses études au lycée français, ses études à la faculté de Chicago, et exerce, en parallèle de ses activités littéraires, la profession de chirurgien dentiste au Caire.

Titre original: imrat Yaqubyan (traduit de l'arabe).