le_z_breL’auteur : Alexandre Jardin (né en 1965) est fils d’écrivain. Il a été aussi chroniqueur littéraire pour l’émission Nulle part ailleurs sur Canal +.

Le livre : Gaspard Sauvage, dit le Zèbre à cause de son caractère extravagant, est marié à Camille depuis quinze ans, et ils ont deux enfants. Mais le Zèbre refuse de croire que l’amant qu’il était est devenu un mari installé dans une vie conjugale bien tranquille. Il décide donc de ressusciter pour son épouse la passion des premiers jours. Il multiplie donc les stratagèmes, les mises en scènes et canulars afin de reconquérir sa femme.

Prix Fémina 1988, ce roman est bien écrit, bien mené. Curieusement, j’ai l’impression que le personnage au centre du livre n’est pas le Zèbre mais sa femme, Camille. Tout est déployé pour elle. C’est grâce à son contrepoids, à ses réactions si humaines et proches des nôtres, que le Zèbre garde son côté incongru, et c’est grâce à ses interventions que le Zèbre paraît si attendrissant. Afin de faire comme si il devait être séparé de sa femme à chaque instant, le Zèbre va jusqu’à simuler ruptures et suicide, et elle ne supporte pas ces méthodes. Pourtant, c’est elle qui reviendra et qui donnera au Zèbre, rattrapé par une réalité à laquelle il a tout fait pour échapper, tout son statut d’amant. Le Zèbre est dédié à tous ceux qui refusent de laisser l’amour s’enliser. Et il est efficace. Un très beau livre.

lezebrefilmLe film: adapté en 1992 par Jean Poiret dont c'est le seul film en tant que réalisateur et scénariste, ce film est une belle surprise. Thierry Lhermitte campe un Zèbre renommé Hippolite pour le film, et son épouse incarnée par Caroline Cellier est aussi convaincante en épouse et maman qu'en séductrice. L'esprit de l'histoire est respecté, malgré quelques écarts sur les événements. Le rôle des enfants a été considérablement amplifié, eux qui restent très secondaires dans le roman. La Camille du film, elle aussi, n'hésite pas à entrer dans le jeu de son mari, au point de jouer le même pour le provoquer, même si elle finit par craquer, là où elle reste assez patiente dans le roman. Le Zèbre ne cherche pas seulement à être l'amant passionné de toujours, il cherche aussi à être le papa plein de rêves, de chasse au trésor et de masque de clown, et cette facette-là m'a touchée. Toute la fin du film a cependant été changée, mais en respectant l'esprit du Zèbre et l'effet est réussi. Le contraste entre la dure réalité du monde et la fête permanente que le Zèbre répand autour de lui est bien rendue par les images, qu'il s'agisse des ternes couloirs du lycée ou du clair-obscur de la chambre d'hôtel. C'est donc un film que j'ai aimé, émouvant, drôle, porté par un Thierry Lhermitte juste magistral.