nabokov

L'auteur: Vladimir Nabokov (1899-1977) est issu d'une famille aristocratique russe, parle français et anglais et écrira une partie de ses oeuvres dans ces langues. Il est naturalisé américain en 1945, après avoir fui la Russie soviétique et l'Allemagne nazie.

Le livre: Voici l'histoire d'un criminel, d'un pervers. Dès le départ, le narrateur se décrit lui-même comme un nympholepte, attiré par ce qu'il appelle les nymphettes, des rares préadolescentes pourvue d'un charme quasi démoniaque pour lui. Professeur de littérature, Humbert Humbert présente sa prose comme sa confession à la veille de son procès pour meurtre. Cherchant un endroit calme pour écrire, il s'installe chez Charlotte Haze, recommandé par un de ses amis. Et fait la connaissance de sa fille, Dolores Haze, douze ans, surnommée Lolita. Dévoré de désir et de passion, il n'a de cesse de se rapprocher de plus en plus de la jeune fille, tout en s'acharnant à protéger l'innocence de l'enfant et à faire en sorte qu'elle ne devine rien de ses pensées. Bien décidé à ne rien laisser s'interposer entre lui et Lolita, il épouse la mère, et lorsque celle-ci meurt, commence un long périple à travers l'Amérique où Lolita s'avère bien moins innocente qu'on ne le croyait.
Le sujet même du livre fait scandale, puisqu'il s'agit ni plus ni moins d'une histoire de pédophilie. D'où l'impression de malaise diffus qui peut nous suivre lors de la lecture. J'ai trouvé l'histoire d'amour ou même la relation charnelle entre les deux personnages un peu plate. Il ne s'y passe pas grand-chose finalement. De plus, jamais on ne sait ce qui se passe dans la tête de Lolita de sorte qu'on n'accroche pas franchement à ce personnage. Ce que j'ai trouvé plus intéressant, c'est le personnage du narrateur, qui doit nécessairement paraître de l'extérieur comme détraqué, pervers, et qui s'avère un intellectuel raffiné, le gendre idéal, parfaitement intégré à la société, parfaitement conscient de ses désirs anormaux et des graves conséquences qu'ils peuvent avoir, déchiré entre sa passion et sa volonté de protéger Lolita de lui-même. J'aime bien les romans où le méchant est une horrible démon qu'on ne peut s'empêcher d'apprécier tout en le craignant.
La prose est par ailleurs particulièrement soignée. Truffé de références culturelles et intertextuelles, ce livre est aussi un ouvrage très érudit qui réactive le motif d'une femme désirable et impossible à aimer, qui ne sert qu'à exciter le désir sans jamais susciter la procréation, qui révèle ce qu'il y a de pire en l'homme; freudien et analysable à souhait, il n'a pas fini de faire couler l'encre.

ABC
Lettre "N"

 

Lolita-1998-20111108013501Le film: après l'adaptation de Stanley Kubrick de 1962, Adrian Lyne propose sa version du roman en 1997. N'ayant pas vu la première, je ne peux pas comparer. Jeremy Irons incarne Humbert, et il faut avouer que l'élégance de l'acteur fait mouche: il conserve la classe quoi qu'il arrive. Pourtant, j'ai trouvé qu'on avait moins insisté sur le côté dandy que pouvait avoir le personnage de roman, et que l'on a juste l'impression d'un quadragénaire perturbé par ses désirs hors-normes. J'aurais aimé retrouvé ce côté intellectuel admiré qu'avait le personnage de Nabokov et qui se ressent beaucoup moins dans le film.
En revanche, la jeune actrice  Dominique Swain (mineure au moment du tournage, même si elle n'a pas douze ans comme son personnage) campe une Lolita manipulatrice, perverse, venimeuse à souhait. Même si on essaye de lui insuffler un peu de candeur, un peu d'apparence infantile avec ses tresses, son appareil dentaire et ses crises de larmes, elle reste une jeune fille plutôt qu'une préadolescente innocente. J'attribue cela à des raisons de décence et de peur de la censure, certainement. Si au début, cela m'a un peu déçue, j'ai ensuite été réellement mal à l'aise devant ce personnage insituable, et là, le film réussit son pari. Elle est réellement sidérante lorsqu'elle fixe droit dans les yeux son père-amant, tout à fait consciente de le mettre en situation terrible mais sans le moindre scrupule à se servir de lui sans le moindre souci des conséquences. Elle est parfois au centre de scènes profondément dérangeante parce qu'elles jouent sur un humour et une légèreté totalement déplacées.
La mise en scène multiplie les ralentis dramatiques et il faut avouer que le film est plutôt lent. De nombreuses scènes constituent en des échanges de regard en silence, à voir qui va craquer le premier. Même si cela crée un film pas toujours palpitant, il est très fidèle à cette ambiance du livre, où l'action est moins importante que l'état d'esprit d'un narrateur qui vit un fantasme en sachant qu'il devrait rester fantasme. Comme dans le livre, le couple est tellement improbable qu'on peine à y voir une histoire d'amour, ou même de passion, mais véritablement une obsession qui relève davantage de la folie. C'est donc à mon sens une bonne adaptation, même si certains aspects du livre, moins sulfureux et plus cyniques, auraient mérité d'être mieux mis en avant.