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L'auteur: Alexandre Dumas (1802-1870) est un auteur très populaire et très prolifique. Il a une instruction très basique, mais grâce à ses relations, découvre la poésie moderne, le théâtre et le vaudeville. Un auteur qui, finalement, a appris sur le tas.

Le livre: Le jeune d'Artagnan n'a pas vingt ans lorsqu'il débarque à Paris, recommandé par son père à M. de Tréville, chef des prestigieux mousquetaires du roi Louis XIII. A cause d'une histoire de duel interdit par les lois du cardinal, il se lie d'amitié avec les trois inséparables, Athos, Porthos et Aramis. Il s'éprend de Constance Bonacieux, la jeune et belle épouse de son propriétaire, suivante de la reine. Lorsque celle-ci lui confie une mission que le cardinal aurait toute les raisons de voir échouer pour déshonorer Anne d'Autriche, Mme Bonacieux demande à d'Artagnan et ses compagnons de l'aider. Mais c'est sans compter sur la détermination et la perfidie de Milady de Winter, redoutable espionne du cardinal.

Je n'en reviens toujours pas. Quel chef-d'oeuvre que ce livre! Non seulement on ne s'ennuie pas une seconde tant l'action est permanente, non seulement on révise son histoire de France en farfouillant dans les dessous des histoires de cour et des amours de la Reine, mais en plus, on redécouvre la vraie personnalité de ces mousquetaires qui ont été tant de fois représentés. Qu'est-ce que j'ai ri! D'Artagnan n'est pas à Paris depuis une journée qu'il a déjà provoqué en duel une demi-douzaine d'hommes, dont ses trois futurs amis mousquetaires. Mousquetaires qui ont d'ailleurs un mode de vie bien débridé, puisque lorsqu'ils ne se bagarrent pas, ils boivent, ils jouent aux dés et cherchent un moyen de gagner de l'argent pour payer leurs bouteilles de vin comme leurs dettes de jeu. Et à chaque accrochage avec les soldats du cardinal, de se faire réprimander tout haut par leur chef qui, à voix basse, les félicite d'avoir gagné. Et tout cela, sans nuire au tragique, au solennel, au roman noir qui apportent chacun à l'ensemble. Un vrai régal!

00796140_photo_affiche_les_trois_mousquetairesLe film: "ah? Lequel?" Et oui, pas moins de quinze films portent ce titre (dont quatre en cinéma muet), sans parler des téléfilms, des inspirations (j'ai beaucoup aimé La fille de D'Artagnan, avec Sophie Marceau et Philippe Noiret),  des films où les mousquetaires apparaissent (vous rappelez-vous L'Homme au masque de fer, avec Leo Di Caprio, par exemple?) et des dessins animés. Peut-être un des romans les plus souvent adaptés. Quant à moi, désireuse de trouver un film distrayant qui n'ait pas trop vieilli avec quelques acteurs bien sympathiques, quitte à ne pas voir le meilleur, j'ai jeté mon dévolu sur l'adaptation des studio Disney, sortie en 1993, et réalisée par Stephen Herek. Bien sûr, quelques coupes franches ont été réalisées dans l'histoire, reprenons donc: le jeune et fougueux D'Artagnan, interprété par un non moins charmant Chris O'Donell (le Robin de Batman et Robin) toute en boucles blondes et en œillades ravageuses, décide, après la mort de son père, de monter à Paris pour devenir mousquetaire. En chemin, il rencontre Constance (la frenchie Julie Delpy), dame de compagnie de la reine, qui ne semble pas indifférente à son charme. Mais lorsqu'il arrive à Paris, il apprend que le cardinal de Richelieu a dissout la compagnie des mousquetaires, et recherche activement trois réfractaires, du nom d'Athos, Porthos et Aramis. Ce premier éclat cache un complot pour attenter à la vie du jeune roi Louis XIII, et les trois amis, flanqués du jeune ambitieux, vont avoir à cœur de déjouer les plans du sinistre cardinal et de sauver leur souverain.

Mettons les choses au clair: c'est un Disney, c'est un film simple. Les gentils sont beaux, charismatiques avec juste ce qu'il faut d'arrogance et d'humour pour tenir l'écran. Quinze ans avant Vingt-quatre heures chrono, Kiefer Sutherland campait un Athos tout à fait charmant et très élégant, Oliver Platt un Porthos débonnaire et vantard sans rien perdre de son agilité tant langagière que physique, et surtout, surtout Charlie Sheen, que l'on a l'habitude de voir faire le pitre dans Hot Shot ou Mon oncle Charlie (quand il ne tape pas sur sa femme...) joue ici le pieux Aramis la bouche pleine de prières et bénédiction avec une ironie délicieuse. En face, les méchants ont des têtes de méchants: qu'il s'agisse de Tim Curry qui incarne un Cardinal de Richelieu avec une vraie tête de psychopathe (le film a grandement simplifié le personnage, il faut le dire) ou de Michael Wincott qui campe un capitaine Rochefort en tueur au bandeau sur l'œil tout de noir vêtu, une vraie teigne qui parle peu et qui manie vite l'épée. D'ailleurs, là où les répliques d'humour et gestes hilarants sont l'apanage des mousquetaires, les méchants ont aussi des discours de méchant ("Ramenez-les moi, mort ou vif!', "Un pour tous, mais tout pour moi"). Les dialogues montrent également à quel point le scénario a été simplifiée, notamment la bagarre finale entre D'Artagnan et Rochefort: "Quelle ironie de mourir par la main de l'homme qui a tué ton père. [musique dramatique] -VOUS AVEZ TUE MON PERE?! " [ce que le spectateur avait deviné à la douzième minute du film approximativement]. D'ailleurs rassurez-vous, les méchants sont soit punis, soit repentis: Rebecca de Mornay campe d'ailleurs une Milady de Winter parfaitement inutile. C'est donc un bon Disney bien moral, avec de l'action, de l'humour, des beaux gosses, des potiches qui ne servent à rien (la Constance ne réapparaîtra que deux fois dans le film, l'une pour aider la reine à s'habiller, l'autre pour assister à la victoire finale de D'Artagnan), et si l'on prend tout cela au second degré comme la ribambelle de clichés nous invite à le faire, cela donne un très bon moment de divertissement pas trop intellectuel et qui garde néanmoins l'esprit gouailleur, aventureux et passionné de Dumas, où les mousquetaires sont plus occupés à se bagarrer entre eux, à boire et à séduire les filles qu'à faire régner l'ordre dans Paris. Bon, ça en reste un film américain où celui qui doit tuer le roi le fait couché sur un toit avec un fusil, façon Sniper, visant le roi qui salue au balcon, dans un type de scène devenue kitsch tant elle a été reprise et qui fait rire lorsqu'elle apparaît dans un film de cape et d'épée comme celui-là.

Pas un chef d'oeuvre du cinéma donc, mais de quoi ne pas se prendre au sérieux et retomber dans les vrais héros de notre enfance le temps d'un film. Je valide.