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Lettre « O »


L’auteur : George Orwell (1903-1950) est le pseudonyme d’Eric Arthur Blair, écrivain britannique. Engagé contre l’impérialisme pour la justice sociale, et contre le totalitarisme après son engagement dans la guerre d’Espagne.


Le livre : A Londres, grande ville du pays de l’Océania, chaque habitant évolue sous la surveillance permanente de Big Brother, grand œil qui voit tout. Winston Smith, employé au ministère de la Vérité, se rend compte qu’il n’a pas des pensées aussi orthodoxes qu’il le devrait, ce qui le met en danger puisque la Police de la Pensée veille. Il décide néanmoins d’écrire son journal, persuadé qu’il existe une organisation, une résistance, qui lui prouverait qu’il n’est pas seul dans ce monde totalitaire. Une jeune femme qu’il pense être une espionne parvient à lui faire passer un petit mot : « Je vous aime ». C’est interdit. A partir de ce moment, Winston sait qu’il a multiplié les crimes de pensée envers le Parti et qu’il sera arrêté à un moment ou à un autre.

Accrochez-vous, il faut suivre. L’œuvre est tellement riche qu’on n’a pas terminé de l’interpréter ni d’y trouver des parallèles avec toute forme d’oppression passée ou présente. La dystopie mise en place fait évidemment froid dans le dos : un monde où les rapports humains sont pervertis, où l’on encourage les enfants à dénoncer leurs parents, où l’on modifie le passé sans scrupule. Ceci dit, la portée idéologique du roman est très appuyée, il faut aimer et ne pas décrocher. Mais la fiction est très efficace et permet de bien suivre. J’ai quand même eu du mal tout intégrer, surtout le passage où le héros a entre les mains le Livre qui dénonce le parti et qui théorise le tout, un tantinet indigeste. L’ensemble est d’une excellente tenue, très bien mené, analysable à l’infini et l’univers créé est extrêmement complet. Un retour aux sources des mythes totalitaires dont chacun aurait besoin.

1984Le film: c'est précisément en 1984 que Michael Radford réalise cette adaptation. John Hurt incarne un Winston Smith tout à fait conforme au livre: vieilli, marqué, aux yeux vides mais qui s'interrogent encore, prêts à espérer. Suzanna Hamilton incarne Julia, une jeune rebelle amoureuse tout à fait dans le ton. La star du film est néanmoins Richard Burton, tout en classe et en élégance dans le rôle d'O'Brien, l'étrange chef qui invite Smith à la résistance. Le scénario effectue bien sûr des coupes franches dans le roman, ce que sa richesse oblige, mais il reste assez fidèle: hélas, il m'a semblé que je n'aurais pas tout compris sans avoir lu le livre. Il me semble, par exemple, qu'il faut attendre très longtemps pour que le nom de Big Brother soit prononcé, alors que son visage omniprésent est très parlant pour qui connaît l'histoire. Un monde gris, froid, terne, sans musique et presque sans paroles nous est dépeint, mais il reste assez hermétique. Globalement, je pense que le film a vieilli, et assez mal, et qu'il peine à rendre l'univers extrêmement riche et complexe créé par Orwell. Les plans sont bien filmés, qu'il s'agit des scènes de haine collective où tous hurlent après l'écran affichant la tête de l'ennemi du parti, ou des scènes de torture qui alternent les pensées de Smith et la réalité qui l'entoure. Mais je dois dire que ce film mériterait un sérieux coup de jeune.

A noter que Richard Burton est décédé peu après le tournage: le film lui est d'ailleurs dédié.