timpelbach_livrelivre1

Lettre « W »


L’auteur : Henry Winterfield (1901-1990) est un écrivain allemand qui s’est tout d’abord orienté vers la musique. On connaît bien un autre de ses romans pour enfants, L’Affaire Caius.


Le livre : Dans la petite ville de Timpelbach, les enfants sont des petits garnements si terribles que chaque bêtise et mauvais coup provoque une véritable catastrophe. A bout de nerfs, les parents décident donc de quitter la ville pendant la nui. Ils pensent ne partir qu’une journée, afin de donner une bonne leçon aux enfants, mais rien ne va se passer comme prévu. De leur côté, les enfants découvrent avec stupeur une ville vide, sans eau ni électricité, et où le chef du gang des Pirates, Oscar, commence déjà à mettre à sac les magasins de jouet et de bonbons.

Une ville sans parents, où les enfants décident et organisent leur vie ? Une véritable utopie ! j’ai trouvé le concept un peu gros en lisant la quatrième de couverture, un peu surfait. Mais le résultat est réussi : la fuite des parents est finalement bien mise en œuvre et (presque) vraisemblable. La lutte entre les clans d’enfants prend des allures de guerre des gangs sans se départir d’un certain sens du merveilleux. Les organisations reconstituées par la jeune population (standard téléphonique, police, tribunal) afin de faire fonctionner la ville sont habilement teintées de naïveté et de fougue enfantine sans tomber dans une caricature des institutions. La force de ce roman est peut-être d’arriver à articuler cette utopie un brin nostalgique digne des contes pour enfant à un sens de la réalité très accru. J’ai aimé.

titre original: Timpetill (traduit de l'allemand).


Les_Enfants_de_TimpelbachLe film: Soixante-dix ans après le roman de l'auteur allemand, c'est un réalisateur français, Nicolas Bary, qui le met en scène en 2008. La trame de l'histoire est globalement respectée. Visuellement, le film souligne la volonté du livre de ne pas être réaliste et de garder un univers de conte: les costumes sont excentriques, oscillant entre un XIXème romantique et une époque plus contemporaine; les décors s'inscrivent aussi dans une époque révolue, où l'on tape à la machine à écrire et où le téléphone a encore besoin d'opératrices, mais les machines extravagantes et les bâtiments outranciers ne sont pas sans rappeler un certain Tim Burton (non je ne le vois pas partout) qui ajoute une touche inquiétante à ce décor de fable. L'utilisation de mécaniques improbables, entre jouet et objet magique, est d'ailleurs un motif récurrent du film. Plus grave cependant que le livre, il mise sur l'intervention de l'arme à feu comme point de non-retour dans l'anarchie qui gagne peu à peu le village.

Mais ce qu'il faut saluer par dessus-tout dans ce film, c'est l'exceptionnelle performance des jeunes acteurs. Tous ont visiblement entre 8 et 15 ans et sont d'une justesse épatante dans des rôles qui appelleraient pourtant tous les excès: le film n'hésite pas à les mettre en scène comme des adultes gagnés par la débauche, dans un cabaret, fumant et buvant, et loin de devenir incongrue, cette image percutante inquiète parce que justement les enfants semblent très à leur aise avec le cigare au coin des lèvres. J'ai particulièrement apprécié la rivalité qui oppose Marianne ( Adèle Excharchopoulos) à Mireille (Lola Creton), le garçon manqué contre la jolie garce, mais tous sont aussi convaincants et doués les uns que les autres. Enfin il faut souligner que le réalisateur a voulu donner malgré tout un casting adulte poussé à ce film (et je trouve qu'on en avait pas besoin) en choisissant notamment Armelle pour la maîtresse d'école, Gérard Depardieu pour l'amiral et une Carole Bouquet fantastique pour incarner Mme Dhrone. J'ai passé un excellent moment, c'est un film très sympathique et assez réussi.

Retrouvez des images et des précisions sur le site officiel du film.