singesL’auteur : Né en 1912, Pierre Boule fut ingénieur agronome et combattit en Indochine. Il est un des auteurs français les plus traduits. En 1976, il reçoit le la Société Grand Prix des Gens de Lettres pour l’ensemble de son œuvre.

Le livre : Un classique de la science-fiction. L’histoire commence lorsque deux touristes de l’espace, à bord de leur voilier solaire, trouvent une capsule, véritable bouteille à la mer, contenant un manuscrit. Celui-ci est le récit de l’expédition de quelques hommes dans l’espace : atterrissant sur une planète où les singes ont suivi une évolution intellectuelle fulgurante et où les hommes, réduits à l’intelligence la plus primaire, ne sont plus que des animaux qui leur servent de compagnons, voire de cobaye. Ce livre m’a littéralement bluffée. Les notions d’animalité et d’humanité y sont constamment réversibles : le dernier humain de l’expédition (opportunément prénommé Ulysse), lorsque tous ses collègues sont morts, lutte pour se faire reconnaître comme être sensé près des singes tout en étant contraint de se mêler à ses semblables pour survivre. Les singes eux-mêmes reflètent toute la variété et la complexité d’une société avec ses mœurs et ses censures. La parole, dont les humains sont privés, apparaît comme le siège de toutes les facultés intellectuelles. Quant au retournement final... allez, je vous laisse la surprise, ça vaut vraiment le coup !

planete_des_singes_burton_POSTERLe film: après la version ultra connue de 1968, c'est Tim Burton en 2001 qui propose sa version de cette histoire dont peu de gens savent qu'elle est issue d'un roman français. Rappelons que dans le livre, Ulysse et ses camarades sont en expédition et atterrissent par hasard sur la planète des Singes. Rien de tout cela ici: le rideau s'ouvre sur la station spatiale Obéron où des astronautes américains utilisent des chimpanzés génétiquement modifiés et spécialement entrainés pour remplacer les hommes dans les missions trop dangereuses. Lors d'une de ces missions, une capsule contenant un malheureux primate disparaît. Le capitaine Leo Davidson (Mark Wahlberg) grimpe alors dans une autre capsule pour s'élancer à sa poursuite. Il s'écrase dans un marais, et à peine s'est-il extirpé de sa capsule qu'il se fait entraîner par un groupe d'hommes pourchassés par des singes surévolués, qui les attrapent, les mettent en cage et les emmènent pour être vendus. Là, nous reprenons l'histoire originale: notre héros est seul et va tout faire pour contacter son vaisseau, sauvant au passage une belle blonde sans soutien-gorge (Estella Warren) et sa famille, mais surtout gagnant à sa cause Ari (Helena Bonham-Carter), une guenon philanthrope révoltée contre la société établie et accessoirement fille de sénateur.

Commençons par les bons côtés: les singes sont beaux. Ils sont à la fois simiesques et terriblement humains, et je salue le soin apporté aux visages comme aux différentes espèces de singes représentées (un gorille n'est pas un chimpanzé qui n'est pas un orang-outan). J'ai cependant regretté certaines attitudes simiesques excessives (les hurlements de singe ont dû en faire hurler de rire plus d'un dans les salles de cinéma). Globalement d'ailleurs, les personnages sont décevants: le héros est une caricature de soldat perdu au combat qui survit dans un camp au Viet-Nam / Irak / Afghanistan (cochez la mention choisie) grâce à son intelligence supérieure et sa grande humanité (trop fort!), la blonde qui le dévore des yeux sert... pour le dévorer des yeux et pour son décolleté (ai-je précisé qu'elle ne portait pas de soutien-gorge? y compris pendant la grosse bagarre finale?), et même la guenon alliée (malgré ma grande admiration pour la comédienne) ressemble davantage à une hippie en post-crise d'adolescence prête à lancer des pavés qu'à une véritable intellectuelle progressiste. Le scénario manichéen au possible tourne vite à "nous sommes les gentils humains, ils sont les méchants singes qui ne nous arrivent pas à la cheville même après avoir évolué, et Leo est notre messie", et on termine sur de belles aberrations scientifiques en faisant exploser la station spatiale, et heureusement quand même qu'il y avait encore du fuel dans la pile atomique, quand même (et la marmotte...). Bon, je ne m'étends pas, j'ai été déçue, et la qualité des images où l'on devine (presque pas) la patte burtonnienne n'a pas sauvé ce film.